Flore Benguigui lance i-330, un album jazz libérateur après son départ de L'Impératrice
« Au bout d’un moment, mon besoin de dire la vérité a été plus fort. Même s’il y a eu un retour de bâton, je suis beaucoup mieux là où je suis aujourd’hui », confie Flore Benguigui à 20 Minutes, avec un grand sourire. Fin 2024, l'artiste de 33 ans révélait à Mediapart les raisons de son départ du groupe L'Impératrice, où elle était la chanteuse. Elle décrivait une situation d'« emprise » et une « sensation d’isolement très forte », ponctuée d'humiliations et de vexations récurrentes. Ce vendredi, elle fait son retour avec i-330, un album de reprises de morceaux jazz enrichies d'orchestrations contemporaines. Un projet « collectif », comme elle le souligne, réalisé avec les Sensible Notes, qui a eu un effet cathartique sur elle.
Un retour aux sources musicales et une passion jamais éteinte
Cet album jazz représente-t-il un retour aux premières amours ? « Ce n’est pas tant un retour tant que ça, parce que je n’ai jamais arrêté d’en jouer, même quand j’étais dans L’Impératrice », explique Flore Benguigui. À 15 ans, elle rencontre un contrebassiste de jazz, Pierre-François Morin, avec qui elle collabore encore aujourd'hui. Il lui présente un pianiste capable de lui enseigner cette musique, lui faisant découvrir le jazz à travers le chant, avec une fascination particulière pour Nat King Cole. À 20 ans, elle s'inscrit au conservatoire de jazz à Paris, se plongeant dans l'apprentissage théorique. Elle bénéficie d'une résidence au Baiser Salé, rue des Lombards, avec des concerts bimensuels jusqu'en 2025. « Il y avait un décalage immense entre ma vie professionnelle dans la pop et ce club de jazz, où c’était un peu la récré, avec une grande liberté », ajoute-t-elle.
L'essence du jazz : le collectif et l'improvisation
Qu'est-ce qui la séduit dans le jazz ? « C’est surtout le collectif que j’aime. Il faut être en communication, tu ne peux pas faire ton truc tout seul », répond-elle. Dans la pop, tout est millimétré et chacun se concentre sur sa partie, tandis que le jazz offre une spontanéité unique. « Ce qui est génial dans le jazz, c’est que tu ne sais jamais trop où tu vas aller. Ça peut donner des trucs très nuls comme des choses vraiment extraordinaires », souligne-t-elle, mettant en avant l'aspect imprévisible et créatif de ce genre musical.
i-330 : un album accessible et niche à la fois
« Un morceau des années 30, avec des synthés qui chantent » : cette formule de l'intro résume-t-elle l'album ? « Vous avez bien écouté, c’est bien ! », s'exclame Flore Benguigui avec un rire. Cette intro est la seule partie qu'elle a écrite, visant à rassurer les auditeurs. « Je voulais prendre les gens par la main, leur dire que, oui, c’est un disque de jazz, mais qu’il ne fallait pas avoir peur, que c’est fun et accessible et non une musique intellectuelle et ennuyeuse ». L'album se veut à la fois niche dans sa sélection, reflétant sa passion pour des morceaux méconnus, et inclusif avec des classiques revisités. Par exemple, Everything Happens To Me est arrangé avec un vocodeur pour une touche moderne.
L'hommage à Barbara et la force féminine
Pourquoi inclure « Dis, quand reviendras-tu ? » de Barbara ? « Je voulais qu’il y ait un peu de français dans ce disque », explique Flore Benguigui. Elle perçoit une essence jazz dans les mélodies et les accords de Barbara, et apprécie la subtilité du texte. « C’est un morceau qui cache bien son jeu, parce qu’on pense souvent qu’il y est question d’une femme éplorée mais, quand on écoute bien, elle dit qu’elle est triste mais que s’il ne revient pas, à un moment, elle va passer à autre chose. Je trouve ça fort. Cette chanson est bouleversante mais aussi badass… ». Cette notion de femme forte est centrale dans l'album, évoquant un thème d'empouvoirement.
Un album cathartique et émancipateur
Cet album est-il un projet d'empouvoirement, au regard de son expérience avec L'Impératrice ? « C’est un album d’empouvoirement dans le sens où il a eu des vertus cathartiques », affirme Flore Benguigui. Retourner en studio après les événements passés était une étape difficile, mais aussi libératrice. « Me retrouver décisionnaire aussi, parce que pendant des années, avec L’Impératrice, j’étais soumise à des décisions qui ne m’appartenaient pas ». Elle souligne que tout est politique, comme sur la pochette où figurent tous les participants : musiciens, musiciennes, ingénieures du son, graphiste, styliste, et sa manageuse. « C’est une manière de dire que je suis entourée de gens qui me nourrissent, qui m’inspirent, que j’admire ».
Créer un espace bienveillant avec des femmes artistes
S'entourer de femmes visait-il à créer un « safe space » ou à mettre en avant des artistes féminines ? « Les deux », répond-elle. Elle n'avait jamais travaillé en studio avec autant de femmes, bien que des hommes, comme ses trois musiciens de longue date, soient également présents. « Mais avoir des femmes dans la cabine, qui me parlent dans le casque pendant que j’enregistre, c’était une première pour moi. Vraiment c’est un switch total, l’ambiance n’a rien à voir et je souhaite à beaucoup de femmes de vivre ça parce que c’est extrêmement empouvoirant, bienveillant et joyeux ça change vraiment tout ».
Un retour à la joie et à l'autonomie artistique
Cet album marque-t-il un retour à la joie ? « C’est ça, c’est un retour à ce qui me définit dans mon envie de faire de la musique », conclut Flore Benguigui. Elle précise que ses futurs projets seront guidés par ses propres choix. « Je sais que c’est une chance que toutes les artistes féminines n’ont pas. J’ai suffisamment travaillé dans ce milieu pour pouvoir maintenant savoir où je veux aller, avec qui j’ai envie travailler et ce que je suis prête à faire pour cette carrière », affirmant ainsi son indépendance et sa détermination renouvelée.



