La cantatrice Felicity Lott s'est éteinte dans la nuit du 15 au 16 mai, à l'âge de 79 ans, des suites d'un cancer. Anoblie par la reine d'Angleterre, cette voix magistrale au sourire communicatif était l'une des figures lyriques les plus francophiles de sa génération. Fervente ambassadrice de Francis Poulenc et de l'opérette, elle a également brillé dans le répertoire straussien.
Un parcours de Cendrillon
Dans un entretien réalisé en avril 2023, Felicity Lott racontait son histoire avec humour. « Je suis toujours surprise quand je pense à ma vie ! », s'exclamait-elle. À l'écouter, son parcours était celui d'un vilain petit canard – « tellement gauche et grande » – qui se découvre cygne à la faveur d'un séjour en France, à la fin des années 1960. Une fable digne de Cendrillon : la jeune cantatrice à la voix limpide est soudain propulsée du monde des spectacles amateurs que montaient ses parents aux grandes scènes du monde entier.
Un amour du français venu de la musique
Interrogée sur son amour du français, elle répondait : « De la musique ! En tout cas, le français est arrivé dans ma vie en même temps que l'amour de la musique, c'est-à-dire tout de suite. » Sa mère adorait la langue française et imposait des repas en français une fois par semaine, tandis que son père ne comprenait rien. Après des études de français au Royal Holloway College, elle partit comme assistante d'anglais à Voiron, près de Grenoble, où elle découvrit la liberté et la culture française.
Une révélation musicale à Nice
Une professeure rencontrée au conservatoire de Grenoble l'adopta et l'envoya à l'Académie internationale d'été de Nice. C'est là qu'elle découvrit Ravel, Debussy, Fauré, et la poésie française. « Quelle révélation ! La poésie anglaise me gênait, mais avec la distance du français, je me suis autorisée à ressentir toute la beauté littéraire et musicale. »
Une carrière de reines et de duchesses
Felicity Lott a incarné de nombreux rôles d'aristocrate, jusqu'à la grande duchesse de Crackenthorpe dans La Fille du régiment de Donizetti. « J'ai même été reine ! La reine de Sparte dans La Belle Hélène d'Offenbach », confiait-elle. Sa haute taille, longtemps source de complexes, l'a finalement servie pour ces rôles. Elle préférait le répertoire français et straussien, évitant l'opéra italien. « Ma voix correspond davantage aux opéras de Strauss, quand il y a plus de paroles et pas de grande scène de tragédie. »
Malgré l'âge, elle continuait à chanter avec passion. « Parfois, je me demande si ce ne serait pas mieux de m'arrêter avant que les gens ne se disent : C'est dommage, elle n'a plus sa voix. Mais j'adore chanter ! »



