Il y a des histoires qui ont tout d’un film. Celle de Pete Parkkonen en fait partie. Ce chanteur finlandais de 36 ans, grand favori de l’Eurovision 2026 avec sa complice violoniste Linda Lampenius face à la Française Monroe, n’a pas que du sang du pays du Père Noël dans ses veines. Le trentenaire originaire d’une petite ville de 6 000 habitants au cœur de la Finlande est en réalité un quart martiniquais par son grand-père.
Un mystère familial longtemps resté inexpliqué
Longtemps, il s’est demandé d’où venait sa peau si mate dans un pays où être blond aux yeux bleus est d’une banalité absolue. Dans l’arbre généalogique, un point d’interrogation a pendant des années remplacé le nom de son grand-père paternel. Sa grand-mère n’a jamais voulu évoquer cet homme avec lequel elle avait eu un enfant, métis, né dans les années 1950 dans une ville où personne ou presque n’avait déjà vu une personne noire, raconte Pete Parkkonen dans une longue interview accordée au quotidien Helsingin Sanomat en 2021.
Kari Parkkonen, le paternel, a vécu le racisme et la discrimination, à une époque où être un enfant hors mariage, qui plus est métis, était impensable en Finlande. Lorsque sa famille lui posait des questions, la grand-mère refusait d’évoquer le sujet, elle qui avait refait sa vie loin de son premier enfant, élevé par ses grands-parents. Même un test ADN réalisé sur des sites en ligne, qui établissait une ascendance liée à « l’Afrique de l’Ouest et au Nigeria », n’avait pas suffi à lui faire lâcher le moindre mot sur l’identité de l’homme. Les rumeurs allaient bon train, certains évoquaient une paternité à attribuer à « un athlète noir ayant participé aux Jeux olympiques d’Helsinki en 1952 ».
La quête de vérité grâce à une émission télévisée
Avide de réponses sur son identité, Pete Parkkonen, révélé dans les années 2000 par l’équivalent local de la « Nouvelle Star », décide en 2021 de participer à l’émission Sukuni Salat, sorte de « Perdu de vue » adapté d’un format britannique. Le principe : retrouver les origines inconnues d’une personnalité, et lorsque cela est possible, la mettre en contact avec des proches. À l’époque, il ne dispose que d’un seul élément, une petite photo qui traînait dans les affaires de ses parents, sur laquelle il parvient à déchiffrer le prénom « Pierre », sans décrypter le nom de famille.
Les équipes du programme se lancent en quête de l’homme mystère, les résultats tombent. Pete Parkkonen est le petit-fils de Pierre Rassin, un tromboniste et chef d’orchestre martiniquais né en 1922 à Sainte-Marie. Membre d’un orchestre au sein d’un cirque dans les années 1950, il avait participé à une tournée européenne qui s’était arrêtée en juillet 1953 à Äänekoski, ville de 20 000 habitants. Neuf mois plus tard, en avril 1954, Kari Parkkonen était né. Une trace de l’entrée de Pierre Rassin sur le sol finlandais un an plus tôt a pu être retrouvée dans les archives du ministère de l’Intérieur.
Pierre Rassin, figure de la musique caribéenne
Un nom, un territoire, une histoire. La pièce manquante du puzzle de Pete Parkkonen était là. Sans le savoir, il a été baptisé du même prénom que son grand-père, dans sa variante locale. « J’ai toujours été attiré par les Caraïbes, et j’ai fini par découvrir que mes racines s’y trouvaient. C’est complètement absurde », s’étonnait à l’époque l’artiste auprès du quotidien finlandais. Son aïeul est décédé en 2006, à l’âge de 83 ans, et n’avait vraisemblablement jamais entendu parler de sa descendance finnoise.
Pierre Rassin, méconnu en métropole, est une figure de la musique martiniquaise qui a dirigé dans les années 1970 le « Manoir », lieu culturel très important de Fort-de-France. Défenseur de la biguine, de la mazurka et de la valse, il avait lancé sa carrière de musicien après un engagement volontaire dans l’armée durant la Seconde Guerre mondiale. Instrumentiste dans des cabarets parisiens, il a ensuite parcouru le monde avec son orchestre. Outre son passage en Finlande, il a notamment effectué des séjours au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Congo dans les années 1960, avant de regagner la Martinique.
Des retrouvailles émouvantes
Lorsque Pete Parkkonen découvre toute son histoire, la pandémie de Covid-19 touche encore l’Europe et les voyages à l’étranger sont très réglementés. C’est donc derrière un écran qu’il rencontre une tante, demi-sœur de son père, qui réside en Bretagne. Le chanteur apprend alors qu’il a des cousins, en Martinique et en métropole. Contactée par Le Parisien, la septuagénaire n’a pas donné suite à nos sollicitations, pas plus qu’un cousin germain de l’artiste ou la délégation finlandaise à l’Eurovision.
L’interprète de « Liekinheitin » s’envole direction la Martinique en 2022. Pour la première fois, il foule la terre de son ancêtre, souligne Ilta-Sanomat. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Aux côtés de sa tante, il récupère les cendres de son grand-père, qui avaient été conservées pendant 16 ans dans une église. La famille nouvellement réunie a pu planter un arbre à la mémoire du musicien, dont l’héritage vit encore sur l’île, et répandre ses cendres. « Le soleil brillait et il pleuvait en même temps », avait alors raconté le chanteur, ému.
À l’aube de la finale ce samedi soir, pour laquelle Pete Parkkonen et Linda Lampenius font figure de favoris devant la Grèce et le Danemark, nul doute que quelques cousins français auront le cœur qui bat un peu plus fort que les autres années en regardant l’Eurovision.



