Cinq artistes de la scène techno écartés des festivals après des accusations graves
La scène musicale électronique est secouée par une série de déprogrammations importantes. Cinq artistes majeurs du courant hard techno ont été retirés de plusieurs festivals européens ces derniers jours, suite à des soupçons de violences sexuelles et sexistes. Les organisateurs et certains musiciens ont confirmé ces décisions qui interviennent dans un contexte de prise de conscience croissante au sein de l'industrie.
Les festivals réagissent face aux accusations
Le festival belge Dour, événement majeur de la scène électronique européenne, a pris les devants en annonçant mardi la déprogrammation de plusieurs artistes. « Depuis plusieurs jours, de graves accusations circulent concernant certains artistes programmés sur notre événement. Dans ce contexte, et à titre de mesure de précaution, nous avons décidé de déprogrammer les artistes concernés », a déclaré l'organisation dans un communiqué officiel.
En France, le festival Garorock, qui se déroule à Marmande près de Bordeaux, a suivi le même chemin en retirant deux artistes de son affiche. Ces décisions interviennent alors qu'aucune victime ne s'est encore publiquement exprimée, mais que les rumeurs et accusations circulent intensément sur les réseaux sociaux et dans les milieux professionnels.
Les artistes concernés et leurs réactions
Parmi les cinq musiciens visés par ces mesures se trouvent :
- Le DJ suisse Odymel, qui s'est produit en 2025 au prestigieux Tomorrowland
- Les Français Shlømo, Basswell et Fantasm
- Le DJ allemand Carv
Odymel a réagi sur Instagram en confirmant qu'« une enquête préliminaire est en cours » suite à un événement unique qui lui est reproché. Il a fourni des détails troublants : « Une personne avec qui j'entretenais des relations consenties de manière ponctuelle m'a rapporté des faits qui se seraient, selon ses explications, produits pendant mon sommeil, durant un épisode de somnambulisme » pour « tenter d'initier un nouveau rapport, qui n'était pas souhaité ».
Les autres artistes ont adopté des positions différentes. Carv a catégoriquement démenti tout acte répréhensible, tandis que Shlømo a dénoncé ce qu'il qualifie de « campagne de harcèlement » en ligne. Ces déclarations contrastées illustrent la complexité de la situation et la difficulté à établir les faits dans ce type d'affaires.
L'industrie musicale prend position
L'agence parisienne Steer Management, qui travaillait avec quatre des artistes concernés (Odymel, Shlømo, Carv et Basswell), a annoncé sa décision de « suspendre » ses collaborations avec « les artistes impliqués ». Cette prise de position d'une agence influente marque un tournant dans la manière dont l'industrie traite ces questions.
Parallèlement, le collectif METOODJS, présenté comme un groupe de professionnelles issues de la scène électro, a révélé des chiffres alarmants. Dans un communiqué adressé à l'AFP, le collectif a déclaré « avoir été contacté par près de cent victimes venant de nombreux pays » pour « des situations survenues dans divers contextes liés aux musiques électroniques ». Plus inquiétant encore, METOODJS a précisé que « plusieurs procédures judiciaires sont actuellement en cours avec des avocats spécialisés ».
Les réactions des figures de la scène techno
La DJ belge Amelie Lens a exprimé sa lassitude face à cette situation récurrente : « Nous sommes fatiguées. Le dancefloor est notre maison et les loges sont notre lieu de travail mais aucun ne nous semble sûr. La sécurité a été considérée comme un 'problème de femmes' pendant bien trop longtemps ». Ces mots résonnent particulièrement dans une industrie où les femmes restent minoritaires parmi les têtes d'affiche.
Sara Landry, star américaine de la hard techno, a pris position sans ambiguïté : « Je condamne fermement et sans équivoque toute forme de violence, d'agression et de comportement de prédation ». Ces prises de parole publiques de figures influentes marquent une évolution notable dans la culture de la scène techno, traditionnellement peu encline à aborder ces questions frontalement.
Un courant musical sous tension
Tous les artistes concernés appartiennent au courant de la hard techno, style musical né dans les années 1990 et plébiscité dans les rave parties. Ce genre a connu un regain de popularité récent grâce aux réseaux sociaux et attire un public en quête d'intensité musicale et expérientielle. Les événements actuels posent donc des questions fondamentales sur la culture et les pratiques au sein de cette communauté musicale spécifique.
La situation reste évolutive, avec des enquêtes en cours et des positions qui pourraient encore évoluer. Ce qui est certain, c'est que l'industrie musicale électronique traverse un moment de prise de conscience et de remise en question profondes concernant les comportements inacceptables et la protection des artistes et du public.



