Charli XCX, l'icône de la Gen Z qui redéfinit la pop et la célébrité
Charli XCX, l'icône pop qui incarne l'esprit de la Gen Z

Charli XCX, le phénomène culturel qui transcende la musique

Treize milliards d'écoutes cumulées. Trente millions d'auditeurs mensuels. Un simple titre d'album, Brat, transformé en expression virale analysée même par les éditorialistes politiques américains lors de la dernière élection présidentielle. Et un faux documentaire sur la célébrité, The Moment, qui crée l'événement dans tous les festivals où il est présenté, sans oublier son album Wuthering Heights, spécialement conçu pour le film Hurlevent, rassemblant les plus grandes stars du moment.

Un impact culturel planétaire

La liste des réalisations impressionnantes ne s'arrête pas là. On pourrait évoquer le bouquet d'anniversaire mondialement commenté - composé de lilas et de cigarettes - offert par son amie star Rosalía, son duo provocant avec Billie Eilish ou le superbe clip gothique et chic de son nouveau titre « House », où elle ressuscite une icône des années Velvet Underground, John Cale.

Cheveux noirs en cascade et sourcils affirmés, indifférente aux canons de beauté traditionnels et cultivant un look « lendemain de fête », Charlotte Emma Aitchison Daniel, alias Charli XCX, née il y a trente-trois ans à Cambridge d'un père écossais et d'une mère issue de la communauté indienne d'Ouganda, ne se contente pas d'allier avec un même brio les tubes commerciaux (« 360 » ou « Break the Rules ») et les morceaux expérimentaux. Elle est aujourd'hui, sans doute, l'artiste qui nous permet le mieux de décrypter les codes et les aspirations de la « Gen Z », cette génération née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010.

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L'ascension d'une icône inclassable

Charli XCX, c'est d'abord l'histoire d'une passionnée des platines qui, dès l'âge de 14 ans, mixait dans les clubs de son Angleterre natale... accompagnée par ses parents, soucieux de la protéger tout en la laissant s'exprimer. Elle patientera ensuite dans l'antichambre de la célébrité avant de percer toutes les barrières de l'industrie musicale avec un album, Brat, dont la pochette vert fluo et minimaliste, aujourd'hui iconique, a été choisie par manque de budget initial.

Le mot brat (« sale gosse ») s'est rapidement imposé sur toutes les lèvres, définissant l'été 2024 comme un « brat summer » et réécrivant les codes d'une féminité décomplexée et volontiers ironique. « Une fille brat, c'est une fille chaotique qui aime faire la fête. Elle est nonchalante, imprévisible, et elle aime faire des bêtises. C'est ça, être brat », résume Charli XCX, s'opposant ainsi au puritanisme ambiant.

La voix d'une génération connectée

Depuis, l'artiste britannique a été récompensée par trois Grammy Awards, galvanisant son public en racontant autant son époque que sa génération : des jeunes que la culture Internet a poussés vers un égotisme débridé et que Charli XCX sait à la fois satiriser et comprendre, s'attirant l'adhésion d'une constellation de « hit girls » allant de la mannequin Gabbriette aux actrices des séries Euphoria et I Love LA Chloe Cherry et Rachel Sennott, en passant par leurs aînées Julia Fox ou Chloë Sevigny.

Elles apparaissent ainsi, au début du clip de « 360 », réunies autour d'un dîner pour désigner la nouvelle icône féminine sous peine de voir « leur espèce disparaître ». Le cahier des charges ? « Il faut être connu, mais en même temps, impossible à cerner » - une définition qui colle parfaitement à Charli XCX elle-même.

Libérer la parole féminine

Charli XCX parle particulièrement aux jeunes femmes de son époque, en quête de liberté malgré la pression normative exacerbée par les réseaux sociaux et l'industrie musicale. Son duo « Girl, So Confusing » en miroir avec Lorde exprimait ainsi un état d'incertitude généralisée, même dans l'amitié : « Je ne sais pas si tu veux me voir chuter ou échouer », avant de conclure : « C'est parfois si déroutant d'être une fille ».

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Tout, dans le travail de Charli XCX, vise à provoquer et déplacer les attentes. Refusant de porter un soutien-gorge aux Brit Awards, elle interpelle frontalement la chaîne diffuseuse en direct : « On a changé d'époque. Libérez les tétons ».

Redéfinir la célébrité à l'ère numérique

« Nous avons changé d'époque : tout le monde se prenant pour une star, il faut redéfinir la notion de star », explique Charli XCX. « Avant, les artistes pouvaient évoluer en vase clos. On pouvait avoir une super chanson, voire un super album, sans être constamment plongé dans le monde des potins. Internet a aboli la distance avec le public ».

Pour Charli XCX, cette redéfinition passe par une apparence réhabilitant le désordre, mais aussi par l'assurance d'assumer ses défauts et ses bizarreries - à la manière d'un Kurt Cobain en son temps. L'exact opposé, en somme, d'une Taylor Swift, de trois ans son aînée, qui maîtrise le moindre détail de son image, et dont elle constitue le miroir inversé.

Entre pop star et avant-garde

Mi-pop star, mi-artiste d'avant-garde repoussant les limites du genre (son projet autour du film Hurlevent en témoigne), Charli XCX raconte davantage l'époque que l'époque ne cherche à la raconter. Elle incarne ainsi le symbole de l'esprit global d'une génération abreuvée de savoirs en ligne, dont l'irrévérence et la provocation traduisent une lucidité aiguë.

Dans un monde saturé de conflits, de dérèglement climatique et d'incertitude économique, il n'y a sans doute plus grand-chose à faire. À part, peut-être, faire la fête... tant qu'il en est encore temps. Charli XCX, par sa musique et son attitude, offre à sa génération à la fois un miroir et une échappatoire, solidifiant sa position d'icône culturelle majeure de notre décennie.