Catherine Ringer, la voix du groupe Rita Mitsouko, est décédée dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 septembre 2026, des suites d'un cancer foudroyant. Elle avait 68 ans. La chanteuse, connue pour son style unique et sa personnalité indocile, laisse derrière elle une œuvre considérable qui a marqué la musique française et internationale.
Une carrière marquée par la liberté et l'exigence
Née le 18 octobre 1957 à Suresnes, Catherine Ringer a grandi dans une famille d'artistes. Son père, peintre d'origine juive polonaise, a survécu aux camps d'Auschwitz, Gross-Rosen, Buchenwald et Theresienstadt avant d'être libéré par l'Armée rouge en 1945. Sa mère avait étudié l'architecture aux Beaux-Arts.
Dès son plus jeune âge, elle se montre créative, apprenant la flûte, écrivant de la poésie et chantant en imitant tout ce qu'elle écoute, de la Callas à Oum Kalthoum, en passant par Dalida. À 8 ans, elle fait ses premières photos de mode, mais sa carrière dans ce domaine s'interrompt deux ans plus tard, car elle s'ennuie.
Des débuts précoces et une vie adolescente mouvementée
À 11 ans, elle joue dans un téléfilm pour la jeunesse, Les deux coquines. En 1970, à 13 ans, elle quitte le domicile familial pour s'installer avec Daniel, un acteur de 21 ans, qui l'initie à la psychanalyse, au théâtre, au cinéma et à la musique. Des années plus tard, elle le décrira comme un "pervers narcissique" qui l'a fait souffrir et entraînée dans des galères, notamment des films pornographiques, une vingtaine, dès 1974.
Parallèlement, elle participe au Théâtre de recherche musicale de Michael Lonsdale et Michel Puig. À 18 ans, elle est engagée comme soliste mezzo-soprano par Iannis Xenakis pour la création mondiale de N'Shima au Théâtre de la ville à Paris. En 1976, elle rencontre Marcia Moretto, avec qui elle prend des cours de danse.
La rencontre avec Fred Chichin et la naissance des Rita Mitsouko
À 21 ans, Catherine Ringer est engagée pour jouer dans Flashes rouges, une comédie musicale d'avant-garde de Marc'O. C'est là qu'elle rencontre le guitariste Fred Chichin, âgé de 24 ans. C'est le coup de foudre, et ils ne se quitteront plus jusqu'à la mort de Fred en 2007, emporté par un cancer fulgurant à 53 ans.
Le duo écume l'underground parisien, gagnant une réputation d'excentriques charismatiques, apparaissant sur scène habillés n'importe comment, y compris avec des sacs plastiques. C'est Catherine qui choisit le nom du groupe : Rita pour ses consonances espagnoles, et Mitsouko, chipé à un parfum de Guerlain, pour son côté exotique et évocateur de voyage.
En 2019, elle confiait à Midi Libre : "Souvent, on me demande de définir les Rita en quelques mots, je réponds exigence, et liberté, et fantaisie." Leurs influences étaient multiples : Beatles, T-Rex, Iggy Pop, David Bowie, Sparks, mais aussi Gainsbourg, Higelin, le glam, le post-punk, le funk, le jazz, et les musiques sud-américaines, égyptiennes, indiennes.
Un succès planétaire et des expérimentations constantes
Leur premier album en 1984 peine à décoller, mais les radios libres imposent le deuxième 45-tours, Marcia Baïla. La chanson, hommage à Marcia Moreno, amie chorégraphe morte d'un cancer du sein à 36 ans, devient un tube. Le refrain "C'est la mort qui t'a assassinée, Marcia" résonne encore aujourd'hui.
En 1986, le duo publie The No comprendo, produit par Tony Visconti, qui a travaillé avec Marc Bolan et David Bowie. Cet album est considéré comme un chef-d'œuvre absolu, sans doute le meilleur album de rock français de la décennie. Le couple poursuit ensuite ses expérimentations, sans jamais brader sa liberté.
Stan Cuesta, auteur de l'ouvrage de référence Catherine Ringer et les Rita Mitsouko, explique : "Ils ont réussi cette quadrature du cercle qui consiste à être hyper populaires et en même temps hyper pointus. Il n'y a qu'Alain Bashung et eux à avoir réussi cette espèce de miracle, en tout cas dans les années 80."
Après la mort de Fred, une carrière solo éclatante
L'aventure se poursuit jusqu'au merveilleux Variety, sorti en 2007, quelques mois avant la mort de Fred Chichin. Effondrée, Catherine Ringer quitte la scène et perd même un temps sa voix. Mais elle reprend la tournée interrompue. En 2011, elle sort un album solo, Ring'n'roll, qui lui vaut la Victoire de l'artiste féminine en 2012. Elle fait un pas de côté avec Plaza Francia, en trio avec Gotan Project.
En 2016, elle repart en tournée avant la sortie de son album solo Chroniques et fantaisies. Après avoir fêté les 40 ans des Rita Mitsouko de 2019 à 2021, elle surprend encore avec le spectacle poétique L'érotisme de vivre, d'après Alice Mendelson, une ode à la sensualité et au verbe.
Catherine Ringer laisse une œuvre immense, marquée par la liberté, l'exigence et la fantaisie. Son décès suscite une vive émotion dans le monde de la musique et auprès de ses nombreux fans. Elle restera à jamais l'une des artistes les plus singulières de la scène française.



