Catherine Ringer, chanteuse des Rita Mitsouko, est décédée à 68 ans
Catherine Ringer, des Rita Mitsouko, est décédée à 68 ans

Catherine Ringer est décédée dans la nuit du lundi au mardi à l'âge de 68 ans, des suites d'un « cancer foudroyant », ont annoncé ses proches. L'annonce a provoqué une vive émotion parmi le public, qui se remémore ses chansons. Au sein du groupe Les Rita Mitsouko, formé avec son compagnon Fred Chichin, elle a laissé une œuvre riche. Retour sur cinq titres emblématiques qui racontent sa carrière ou son intimité.

« Marcia Baïla », le tube qui a traversé les décennies

« Marcia Baïla » est sans doute le morceau le plus connu du duo. Sorti sur le premier album éponyme des Rita Mitsouko en 1984, il est devenu l'un des tubes de l'année 1985. Ironie de l'histoire, la maison de disques n'y croyait guère et l'avait d'abord placé en face B. La mélodie dégingandée et la voix déjantée de Catherine Ringer ont fait danser des générations entières, des boums aux soirées karaokés.

Pourtant, la chanson est loin d'être légère : elle rend hommage à Marcia Moretto, une danseuse argentine, amie du couple, décédée à seulement 36 ans. Les paroles évoquent le cancer et la mort : « C'est le cancer/Que tu as pris sous ton bras […] /La mort c'est comme une chose impossible/ […] Et même à toi qui est la vie même Marcia ». Le clip, signé par Thierry Mugler et Jean Paul Gaultier pour les tenues, est un concentré de l'esthétique des années 1980. Il fait d'ailleurs partie des collections du MoMa de New York.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« Le Petit train », une chanson sur la déportation

Autre exemple de chanson « oxymore » : « Le Petit train », sortie en 1988, dont l'air enjoué contraste avec le sujet. Ce morceau, une relecture du titre chanté par André Claveau en 1952, évoque la déportation. Catherine Ringer y chante : « Personne ne sait ce qui s'y fait/Personne ne croit/Il faut qu'ils voient/Mais moi je suis quand même là ».

Le sujet est intime : son père, le peintre Samuel Ringer, né en Pologne et juif ashkénaze, était un survivant de la Shoah. Elle lui a consacré plus explicitement la chanson « C'était un homme », sortie en 2000, dans laquelle elle évoque : « Près d'Auschwitz/Mon père grandissait/C'était un juif polonais/Aux Beaux-Arts, à Cracovie, il rêve de Paris/Et puis la guerre l'a surpris/Ils l'ont pris à 19 ans/Il fit pendant ces cinq ans/Neuf camps différents ».

« Qu'est-ce que t'es belle », le duo avec Marc Lavoine

Ce morceau n'est pas de Catherine Ringer mais de Marc Lavoine, qui cherchait à apporter un contraste à son image de bellâtre de variétés. Selon Thomas Pawlowski, auteur de « Chanteuses, la chanson française au féminin » (éd. Glénat), « ce que Lavoine vient chercher ici, c'est le contraste entre le charisme et la voix assurée de sa partenaire et les paroles fragiles de la chanson ». Catherine Ringer, contactée par le chanteur, a d'abord cru à une blague avant d'accepter après avoir écouté la maquette.

Curieusement, ce duo est resté dans les mémoires malgré un succès commercial modeste, avec une 31e place au top 50.

« Doux daddy », la chanson des Trois Frères

Catherine Ringer a également prêté sa voix à des bandes originales de films cultes, comme « Tatie Danielle » d'Étienne Chatiliez (1990) ou « Un grand cri d'amour » de Josiane Balasko (1998). Mais c'est « Doux daddy », le générique de fin des « Trois frères » de Bernard Campan et Didier Bourdon, qui reste mémorable. Ce film, champion du box-office français de 1995 avec près de 7 millions d'entrées, doit une partie de son intrigue à ce disque, grâce auquel les personnages des Inconnus héritent des « cent patates ». En 2017, Médine et 20syl ont samplé cette chanson dans « Papamobile ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Leur amour », une création inspirée par Alice Mendelson

Après la mort de Fred Chichin en 2007, Catherine Ringer a poursuivi une carrière solo. Son premier album, « Ring n'Roll », lui a valu le trophée de l'interprète féminine de l'année aux Victoires de la musique 2012. Ces dernières années, elle a déclamé sur scène des poèmes d'Alice Mendelson, rencontrée en 1995. Cette amitié a parfois nourri son travail : « J'étais allée chez elle pour finir les textes de l'album Chroniques et fantaisies qui est sorti en 2017. J'avais une mélodie et je ne savais pas quoi écrire là-dessus, je faisais les paroles en "lalala". Je lui ai demandé un thème, elle m'a dit : "un homme qui attend une femme", et j'ai écrit Leur amour », racontait Catherine Ringer à 20 Minutes en début d'année.