Intense, dansant, percutant… Vous allez craquer pour Camille Yembé, déjà l’un des grands albums de l’année. Si vous aimez Disiz, jetez-vous sur les chansons de Camille Yembé ! Avec « Jeune et laide », cette jeune Belge se dévoile dans un premier album puissant et addictif. L’un des uppercuts pop de l’année.
Un premier album très attendu
C’est la deuxième fois que l’on parle de Camille Yembé en moins d’un an. D’abord pour son premier mini-album, en juin 2025. Et aujourd’hui pour son premier album, « Jeune et laide », attendu ce vendredi 22 mai. C’est dire si on est emballé par cette chanteuse belge de 29 ans qui avance vite et frappe fort. Le poignant « Je ne l’ai jamais dit à personne » et le dansant « Rien à fêter », les deux titres envoyés en éclaireurs, montrent l’étendue de son spectre et de son talent.
Un mélange de genres réussi
Cet album de quinze titres nous fait beaucoup penser au formidable dernier Disiz, « On s’en rappellera pas », dans sa façon d’embarquer chanson française, rap, pop et électro dans un voyage à la fois singulier et populaire, dans son habileté à marier textes intimes, idées sombres et mélodies lumineuses. Son duo avec Ino Casablanca, « Autodéfense », a d’ailleurs des allures de « Melodrama », l’énorme tube de Disiz et Theodora.
Camille Yembé est flattée de la comparaison. « Je l’adore, c’est l’album que j’ai le plus saigné cette année, réagit-elle. Mon directeur musical en tournée a d’ailleurs travaillé avec Disiz. » Mais pas sur « Jeune et laide », dont elle a écrit tous les textes, collaboré sur les musiques avec Armand Tournier (Oxmo Puccino, Aupinard) et sur la réalisation avec Paco Del Rosso (Damso, Bekar).
Un titre qui résume tout
« Jeune et laide », ce titre ! « Il résume ces chansons, où je ne parle que de ma jeunesse, commente la jeune femme. Et moi quand je pense à ma jeunesse, je vois tout sauf de la beauté et de la légèreté, plutôt des choses rudes, cabossées, un peu laides finalement. À un moment, j’avais honte de me montrer telle que j’étais, avec toutes ces laideurs dans ma vie. Mais maintenant j’assume et je suis fière de ne pas les cacher. »
Elle assume aussi son âge, 29 ans, alors qu’il y a un an, elle était gênée de nous l’avouer. « Je me suis beaucoup questionnée depuis, reconnaît-elle. L’industrie de la musique aime les jeunes talents, les génies précoces et je me sentais un peu décalée… Mais plus jeune, je n’aurais jamais pu mettre des mots sur mes maux, j’aurais eu beaucoup trop honte qu’on devine que j’étais pauvre, que j’étais partie jeune du foyer et que j’avais une famille dysfonctionnelle. Je n’avais pas ce courage. »
Un parcours marqué par la précarité
Née d’une mère belge francophone et d’un père congolais, Camille Yembé a grandi dans la périphérie de Bruxelles, à Molenbeek, jusqu’à la séparation de ses parents, à 12 ans. « Cette commune a eu une mauvaise image (une partie des terroristes du 13 novembre 2015 en était originaire), mais c’est mon socle, très populaire, très animé. Avec sa diversité, je m’y sentais bien. » Ce qui n’a pas été le cas à Tubize, où elle a déménagé avec sa mère. « Elle s’est remariée et ça n’a plus été possible… Je suis partie de la maison à 16 ans. »
Tout en apprenant en autodidacte la guitare et la composition, elle a fait plusieurs boulots pour vivre, serveuse dans un bar, vendeuse, employée dans un centre d’appels pendant quatre ans. « Mon premier concert, j’avais 16 ans, c’était Youssoupha à Tubize, précise-t-elle. Je n’en avais jamais vu avant. Enfant, je n’avais pas accès à la culture, j’aurais aimé prendre des cours de piano et de danse, mais on me disait non. La culture, ça a un prix, et je n’avais pas assez d’argent. »
L'argent, un thème récurrent
Dans ses chansons, justement, l’argent revient souvent. « C’est vrai, je me suis même dit que ça faisait vraiment beaucoup, sourit l’artiste. Mais on parle beaucoup des choses qui nous ont manqué et ça m’a beaucoup manqué. Pendant des années, ça a régi ma vie, ça a nourri des complexes, d’infériorité notamment. Cela a amené des dérives, voler pour avoir des trucs, pour se fondre dans la masse. J’ai encore aujourd’hui le syndrome de l’ancien pauvre. »
Où a-t-elle trouvé la force de se dévoiler aussi honnêtement ? « Le déclic remonte au tournage du clip de mon morceau Encore, répond-elle. En rencontrant mon public pour la première fois, j’ai compris la force d’une chanson qui parle de toi et touche les autres. Je me suis dit que je pouvais raconter mon histoire, faire exister un récit qu’on n’entend pas dans la pop francophone, la précarité, les difficultés… »
Un duo avec Lous and The Yakuza
Dans cette perspective, il n’y a rien de surprenant à ce qu’elle partage un duo avec Lous and The Yakuza, sa consœur belge, qui partage le même âge, des origines congolaises et une adolescence chaotique. « Sur un album aussi intime, je ne me voyais pas ramener des personnes qui ne puissent pas y faire écho, confirme Camille Yembé. Comme moi, Lous a une vie un peu cabossée… C’était une évidence. Et je suis très fière de présenter deux femmes noires dans la pop. »
La note de la rédaction : 4.5/5. « Jeune et laide », Tie Break/Wagram ; en tournée, à partir du 23 mai au festival Art Rock, à Saint-Brieuc, La Cigale le 2 novembre 2026.



