Bandi : la série phénomène de Netflix tournée en Martinique
Personne ne l'a vu venir. Sortie sur Netflix début avril, la série Bandi d'Eric Rochant et de sa fille Capucine a tout emporté sur son passage, au point de se classer dans le top 10 mondial des séries non anglophones la semaine de sa sortie, avec plus de 2 millions de vues. Sur le papier, le pari était risqué malgré le CV impressionnant d'Eric Rochant, créateur du Bureau des légendes et réalisateur de Total Western et Möbius.
Accompagné de sa fille Capucine, Eric Rochant s'est lancé dans un défi : raconter le destin familial d'une fratrie livrée à elle-même après la mort de leur mère, dans une Martinique filmée comme rarement. Uniquement composée d'acteurs locaux inexpérimentés, à l'exception de quelques rôles confiés à des acteurs chevronnés comme Jonathan Zaccaï et Shaïn Boumedine, la série a construit sa visibilité pas à pas.
Une fratrie attachante dans un univers violent
Au sein de la famille Lafleur, composée de onze frères et sœurs, on ne trouve que des inconnus du grand public qui, après huit épisodes, ont pris une dimension folle. Il y a tout d'abord Kylian (Djody Grimeau), la révélation qui, du haut de ses 16 ans, veut faire passer son petit trafic local – mené sous l'identité de Milord – à un niveau supérieur pour mettre son clan à l'abri. Face à lui, son grand frère Kingsley (Rodney Dijon), beau parleur, dragueur, imprudent, tente par d'autres biais tout aussi illégaux de ramener un peu d'argent à la maison.
Autour de ce duo qui se cherche façon chien et chat, on retrouve Marvin (Cédric Camille), l'aîné de la fratrie, sorte de Fredo de la trilogie du Parrain qui campait un frère frustré dans l'ombre de son jeune frère Michael. Annabelle (Ambre Bozza) est la sœur aînée et cherche à exister face à ses trois frères, tandis qu'Ambre (Amah Fofana) garde une colère enfouie qu'elle exprime dans ses chansons. Une fratrie hétéroclite, attachante, unie, qui doit composer avec un univers violent, socialement délicat et gangrené par le chômage, le coût de la vie et le trafic de drogue. Certains y voient une vision peu flatteuse de la Martinique, mais qui semble s'appuyer sur une authentique réalité.
Une authenticité brute et salutaire
Chez les Lafleur, le père est derrière les barreaux et la famille doit trouver comment survivre pour éviter le placement en famille d'accueil des plus jeunes. Sur une île où les emplois sont rares, les opportunités d'ascension sociale sont peu nombreuses et souvent en dehors des clous. C'est en dépeignant cette survie de manière authentique que les Rochant ont réussi leur coup. Miser sur des acteurs locaux tout en s'appuyant sur leurs accents, phrasés, styles vestimentaires et musicaux permet à Bandi de nous plonger dans cette fresque qui, par moments, rappelle Mafiosa, une série chère à Rochant, lui qui en a réalisé deux saisons.
Il faut reconnaître à Éric Rochant et à sa fille une vraie direction artistique : celle de ne jamais vouloir « franciser » la série pour la rendre plus facilement diffusable en métropole. Non, les Rochant ont filmé la Martinique comme elle est : belle, verdoyante, ensoleillée, mais également suave, violente, miséreuse, en proie à la délinquance.
Quel avenir pour les jeunes de l'île ?
Au vrai, quel est l'avenir pour les jeunes du coin ? C'est un peu la question posée, entre les lignes, par Bandi. Après tout, la Martinique est une collectivité territoriale unique comme Mayotte, la Guyane et la Corse. Et l'île mérite, autant que les autres, qu'on raconte son quotidien et une partie de sa réalité via la fiction. Les Rochant l'ont parfaitement fait et, vu la tournure du huitième et dernier épisode, il n'est pas impossible qu'une suite voie le jour.
En attendant, si vous êtes passés à côté de cette saga, les huit épisodes sont disponibles sur Netflix et ils confirment l'immense talent de narrateur d'Éric Rochant qui, visiblement, l'a aussi transmis à sa fille. Une famille en or. Comme les Lafleur.



