Le 3 mars 2020, dans un hangar désaffecté de la banlieue parisienne, le créateur Demna Gvasalia a dévoilé la collection automne-hiver 2020-2021 de Balenciaga, une mise en scène apocalyptique qui a marqué les esprits. Ce défilé, intitulé « Future », a présenté des mannequins marchant dans une tempête de sable et de fumée, vêtus de tenues aux allures de combinaisons de survie, de manteaux gonflables et de masques intégrés. Selon Gvasalia, cette collection visait à « refléter les angoisses contemporaines face au changement climatique et aux crises sanitaires ».
Un décor immersif et anxiogène
Le show a débuté par une pluie de cendres noires tombant du plafond, tandis qu'un écran géant diffusait des images de catastrophes naturelles. Les invités, dont des célébrités comme Kanye West et Anna Wintour, étaient assis sur des blocs de béton. Le sol était recouvert de débris et de verre brisé, créant une atmosphère de fin du monde. « C'était comme assister à l'effondrement de notre civilisation », a commenté le critique de mode Alexander Fury.
Des vêtements fonctionnels pour un futur incertain
Les silhouettes étaient dominées par des couleurs sombres (noir, gris, kaki) et des matières techniques imperméables. Les pièces phares comprenaient des vestes matelassées avec ceintures de sécurité, des bottes en caoutchouc montantes et des sacs à dos munis de poches multiples. Gvasalia a expliqué que ces vêtements étaient conçus pour « protéger et s'adapter à un environnement hostile ». Un manteau en nylon recyclé, équipé d'un système de filtration d'air intégré, a particulièrement retenu l'attention.
Impact sur l'industrie de la mode
Ce défilé a suscité un vif débat dans le milieu. Certains y ont vu une provocation commerciale, tandis que d'autres l'ont salué comme une œuvre d'art prémonitoire. Selon une étude de la plateforme Lyst, les recherches en ligne pour « vêtements de survie » ont augmenté de 340 % dans la semaine suivant le défilé. « Balenciaga a capturé l'air du temps, juste avant que la pandémie ne frappe », a déclaré la journaliste de mode Vanessa Friedman.
Une réflexion sur la consommation
Au-delà de l'esthétique, Gvasalia a voulu questionner la surconsommation. La collection incluait des pièces upcyclées à partir de stocks dormants de la maison. « Nous devons repenser notre rapport à la mode, la rendre plus durable et moins frivole », a-t-il affirmé. Le défilé s'est conclu par un message sur écran : « This is not a drill » (Ce n'est pas un exercice), référence à l'urgence climatique.
Héritage et influence
Cette vision apocalyptique a depuis influencé de nombreuses marques, de Gucci à Prada, qui ont intégré des éléments utilitaires et des références à la dystopie dans leurs collections. En 2024, le Metropolitan Museum of Art a consacré une exposition à ce défilé, le qualifiant de « moment charnière de la mode du XXIe siècle ». Aujourd'hui, Balenciaga continue d'explorer ces thèmes, avec une collection printemps-été 2026 qui revisite les codes du vêtement de protection.



