Var-matin 80 ans : Daniel Alfandari raconte l'histoire du journal
Var-matin 80 ans : Daniel Alfandari raconte l'histoire

À l'occasion des 80 ans de Var-matin, le journaliste Daniel Alfandari, 74 ans, ouvre sa boîte à souvenirs. Il a travaillé au sein du journal des années 1970 à la fin des années 1990, et se remémore « ces belles années ».

Daniel Alfandari avoue ne plus lire le journal tous les jours : « J'ai tort. Je ne fais pas la démarche, mais je devrais », reconnaît-il, préférant la presse nationale. Mais journaliste un jour, fondu d'informations toujours.

Les débuts de Daniel Alfandari à Var-matin

Jeune diplômé de Sciences Po, il entre à Var-matin République dans l'après-mai 1968. « On s'intéresse de plus en plus aux jeunes », cette génération porteuse d'espoirs et de questionnements. Var-matin lance alors des pages « jeunes » branchées culture, et recrute de jeunes journalistes. « Jusque-là, les journalistes avaient commencé leur carrière juste après la guerre », se souvient Daniel Alfandari. Au début des années 1970, la rédaction rajeunit : avec Léa (Laurence Edwige Andréani), il alimente ces pages. « On a moins de 25 ans, on parle de rock, le cinoche, le côté un peu contre-culture… »

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Il commence comme pigiste, puis est embauché en 1975. Cette année-là, il couvre son premier gros fait divers : le casse de la Société générale à Nice, envoyé avec le grand reporter Henri Ceccaldi. L'année suivante, le Woodstock à la française sur le circuit du Castellet lui procure de belles sensations professionnelles.

La Seyne et la fin des chantiers navals

Après divers postes (locale de Toulon, Ollioules, secrétariat de rédaction), Daniel Alfandari considère La Seyne comme l'une des périodes les plus importantes. Il est profondément marqué par un terrible accident aux chantiers navals : deux grues s'effondrent, faisant plusieurs morts. « En tant que jeune journaleux, je me rends compte alors que c'est toute une ville qui pleure ses morts. Et avec le recul, je m'aperçois que c'était déjà l'un des premiers jalons de ce qui allait se produire pour les Chantiers de La Seyne dans les deux décennies à venir… » Il sent que « l'avenir des Chantiers navals de La Seyne a été scellé à Bruxelles et que le pouvoir, Giscard d'abord puis Mitterrand ensuite, n'y pourra rien faire. » La désindustrialisation rythmée par les montées à Paris aux sons de « La Navale vivra »… « Le drame absolu parce que tu sens confusément que tous ces ouvriers, ils se sentent largués, ils sentent qu'on va les jeter aux oubliettes de l'histoire. »

La période seynoise est aussi marquée par l'assassinat de l'adjoint au maire Daniel Perrin en 1986. « On n'a jamais su exactement pourquoi… » même si l'ombre de la mafia a plané, comme sur celui de Yann Piat en 1994.

L'ambiance à la rédaction

Daniel Alfandari a vécu la fin de l'ère Arreckx et l'arrivée du Front national en 1995 : « L'hôtel de ville qui se vide en 10 minutes avant que n'arrivent Le Chevallier et son équipe. Il ne restait qu'André Borelli, le journaliste de Libé et moi… » Il quitte l'entreprise en 1998 lors de la fusion avec le groupe Nice-Matin.

« Les rédactions à l'époque, c'était autre chose. Il y avait un boucan infernal, tous les mecs clopaient comme des fous furieux », sourit-il. « Var-matin, c'était un peu bordélique, mais de ce bordel naissait la liberté. T'avais des mecs de droites, des gauchos… et paradoxalement, tout le monde arrivait à faire passer un peu ses idées. Ça créait un équilibre… »

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