Trump et les médias : comment le milliardaire influence le paysage médiatique américain
Trump et les médias : influence sur le paysage américain

L'évolution de la relation entre Donald Trump et les médias américains

Durant son premier mandat, Donald Trump s'est fréquemment plaint de l'hostilité de la grande majorité des médias traditionnels américains à son égard. Cette perception n'était pas infondée. Les principaux quotidiens nationaux, tels que The New York Times ou The Washington Post, affichaient des orientations favorables à la gauche démocrate. De même, les journaux des grandes chaînes de télévision comme ABC ou NBC penchaient clairement vers cette tendance politique. Certaines chaînes d'information, notamment CNN et plus encore MSNBC, affichaient ouvertement des positions pro-démocrates.

Le soutien médiatique de Trump et l'essor des réseaux sociaux

Certes, Trump pouvait compter sur le soutien de la puissante chaîne câblée Fox News. Parallèlement, sur les plateformes de réseaux sociaux, les positions ultraconservatrices s'exprimaient sans retenue, renforçant ainsi le caractère anti-establishment du mouvement trumpiste. Cependant, la situation a considérablement évolué depuis le retour au pouvoir du milliardaire. D'une part, il adopte une approche moins conflictuelle avec l'establishment médiatique ; d'autre part, il consolide son influence en obtenant, par divers moyens, un réalignement des médias traditionnels.

La bataille pour Warner Bros Discovery : un tournant médiatique

C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la victoire de Paramount Skydance dans la lutte acharnée qui l'opposait au géant du streaming Netflix pour l'acquisition de Warner Bros Discovery. Netflix avait proposé une offre de 83 milliards de dollars. Paramount Skydance a surenchéri et remporté l'affaire en menaçant Warner d'une OPA hostile avec une offre atteignant 111 milliards de dollars.

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Les résistances à l'offre Netflix

À Hollywood, les professionnels du secteur étaient fortement opposés à l'option Netflix. Ils craignaient de voir la plateforme de Ted Sarandos et Greg Peters se mettre à produire des films à l'ancienne grâce à l'intelligence artificielle. Warner détenant les droits de Casablanca, l'idée d'un Retour à Casablanca diffusé sur Netflix n'était pas exclue. Au Congrès, de nombreux élus jugeaient excessive la part de marché télévisuelle que représenterait l'addition des abonnés de Netflix et du service de vidéo à la demande de Warner (HBO Max).

L'opposition de la Maison-Blanche et le soutien de Trump

La Maison-Blanche s'est également opposée à ce rachat, menaçant de le faire bloquer par l'autorité de la Concurrence du ministère de la Justice. Les motifs étaient différents : Netflix, connu pour des épisodes woke, est réputé de gauche. Une partie de son personnel a même fait grève pour protester contre la diffusion du one-man-show du comique Dave Chappelle. Donald Trump a clairement soutenu l'offre de David Ellison, le patron de Skydance, qui a racheté Paramount en août dernier. Le père de David, Larry Ellison, fondateur d'Oracle, est un proche ami de Trump. David était d'ailleurs présent lors du discours sur l'État de l'Union du président, le mardi 24 février.

La construction d'un empire médiatique

Si l'OPA parvient à surmonter les obstacles juridiques restants, les Ellison père et fils se retrouveront à la tête d'un empire rappelant celui bâti par Rupert Murdoch il y a vingt ans. Outre le géant des bases de données Oracle (qui contrôle également 15 % de TikTok USA), ce domaine inclura :

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  • Le réseau de télévision CBS (en déclin mais restant une marque prestigieuse)
  • HBO (première chaîne de télévision payante de l'histoire, propriétaire de séries comme Les Soprano)
  • Les réseaux câblés MTV, Comedy Central, Discovery Channel et Turner Classic Movies
  • Les chaînes d'information CNN et CBS
  • Deux des cinq grands studios de production cinématographique et télévisuelle : Warner Bros (avec un catalogue de près de 10 000 films incluant Harry Potter, Superman, Le Seigneur des anneaux) et Paramount (Star Trek, Top Gun)

Les signes d'un alignement éditorial

Sans parler d'une mise au pas totale de CBS, on observe que Paramount, propriétaire de la chaîne, a accepté de verser 16 millions de dollars à Donald Trump pour mettre fin à une action en justice intentée par le président contre son programme phare 60 Minutes. David Ellison a nommé Bari Weiss, une journaliste centriste ayant démissionné avec fracas du New York Times en 2020 pour protester contre son alignement sur des positions de gauche, au poste de rédactrice en chef de cette chaîne. Aujourd'hui, la rédaction de CNN redoute une purge politique justifiée par des nécessités économiques de réduction des effectifs.

Les risques et les défis de cette fusion

Le calcul de David Ellison est extrêmement risqué. Paramount, dont la capitalisation boursière avoisine les 12 milliards de dollars, prétend racheter Warner pour 110 milliards. C'est l'exemple du petit poisson qui avale la baleine, comme l'écrit Sharon Waxman, directrice du site d'information spécialisé The Wrap, dans les colonnes du New York Times. Mais Paramount n'avait pas le choix. Seul, il n'atteint pas la taille critique nécessaire pour exister dans le monde du streaming face à Disney, Netflix et Amazon. La nouvelle entité comptera environ 210 millions d'abonnés, loin derrière Netflix qui en affiche 325 millions.

Les obstacles réglementaires à venir

Le ministère de la Justice et la Federal Trade Commission, l'agence chargée de faire respecter la concurrence, doivent encore donner leur feu vert. Cette dernière est réputée assez indépendante du pouvoir politique. Ensuite, les procureurs de certains États vont probablement contester cette fusion en justice. Il faudra également convaincre la Commission européenne, qui se prononce en matière de droit de la concurrence. En cas d'échec, Paramount s'est engagé à verser à Warner une indemnité de rupture de 7 milliards de dollars.