Sydney Sweeney, l'actrice prise dans la guerre culturelle américaine
Sydney Sweeney, otage de la guerre culturelle américaine

Une campagne publicitaire qui enflamme les réseaux sociaux

Devant une Ford Mustang blanche, Sydney Sweeney s'essuie les mains sur son jean après avoir ouvert le capot. Vêtue d'un top blanc au décolleté affirmé, la star d'Euphoria fixe la caméra sans ciller. Cette image fait partie de la nouvelle campagne publicitaire d'American Eagle dévoilée cette semaine sur les réseaux sociaux. Le slogan « Sydney Sweeney Has Great Jeans » a suffi à déclencher une véritable tempête médiatique et politique.

Un jeu de mots aux interprétations divergentes

Le slogan repose sur un jeu de mots entre « jeans » et « genes » (gènes), deux termes prononcés de manière identique en anglais. Cette ambiguïté permet deux lectures possibles : soit la marque vante la qualité de son denim, soit elle suggère que Sydney Sweeney posséderait de « bons gènes ». Cette double interprétation a immédiatement polarisé les réactions selon les lignes politiques.

Les conservateurs américains se sont réjouis de cette campagne, y voyant l'incarnation de l'antiwokisme qu'ils défendent, loin des discours sur le body positive et la mode inclusive. L'ancienne présentatrice de Fox News, Megyn Kelly, a ironisé : « J'adore comment l'hystérie des gauchistes n'a fait qu'offrir mille fois plus de visibilité à une belle fille blanche, blonde, aux yeux bleus, pour ses "bons gènes" ». Cette saillie a même fait rire Elon Musk, amplifiant la portée du débat.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

À l'inverse, les progressistes ont dénoncé une provocation à connotations suprémacistes. Mardi, la rappeuse afro-américaine Doja Cat a partagé une parodie moqueuse de la campagne qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Comme souvent avec Sydney Sweeney, deux visions de l'Amérique s'affrontent, tandis que l'actrice, placée au centre de cette polémique, garde pour l'instant le silence.

Une actrice malgré elle au cœur des divisions politiques

Ce n'est pas la première fois que Sydney Sweeney se retrouve, contre son gré, au centre d'une guerre culturelle. En mars dernier, son passage au Saturday Night Live avait déjà déclenché une vague de commentaires politiques. Dans un extrait devenu viral, on la voit avancer vers la caméra en robe noire, les cheveux lâchés sur les épaules. Une scène banale pour cette émission culte, jusqu'à ce que Richard Hanania, figure de l'Alt-right américaine, en publie une version resserrée sur son décolleté, accompagnée du commentaire : « Wokeness is dead ».

Près de soixante millions de vues plus tard, l'actrice se retrouvait propulsée au cœur d'un débat politique qu'elle n'avait jamais cherché à incarner. Quelques jours après, le National Post, quotidien conservateur canadien, écrivait avec un mélange de jubilation et de vulgarité : « Les seins bonnet double D de Sydney Sweeney sont-ils les signes avant-coureurs de la mort du wokisme ? »

Un schéma qui se répète

Ce schéma polémique s'est déjà reproduit par le passé. Deux ans plus tôt, en 2022, la fête d'anniversaire de sa mère avait déclenché une autre controverse politique. Les photos postées sur les réseaux sociaux montraient des invités coiffés de casquettes rouges « Make Sixty Great Again » – pastiche évident du slogan de Donald Trump – et arborant un tee-shirt « Blue Lives Matter », slogan pro-police popularisé dans le camp Maga en réaction à Black Lives Matter.

Face à l'embrasement des réseaux sociaux, Sydney Sweeney s'était défendue sur X : « Vous êtes fous… Une célébration innocente pour les 60 ans de ma mère s'est transformée en déclaration politique absurde, ce n'était pas l'intention. Merci d'arrêter de faire des suppositions. » Fidèle à sa ligne, elle avait refusé de dire pour qui elle comptait voter, un silence qui continue d'alimenter les spéculations aujourd'hui.

Une carrière stratégique loin des clichés

Omniprésent dans les commentaires sur son travail, le physique de Sydney Sweeney sert souvent de prisme unique pour la juger. Beaucoup la réduisent à Cassie, son personnage d'Euphoria, comme si la fiction débordait sur la réalité : blonde, pulpeuse, prisonnière du regard masculin. Une lecture paresseuse qui occulte la complexité de son parcours et de ses choix artistiques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Pourtant, dès l'enfance, Sydney Sweeney a pensé sa carrière en stratège. À 12 ans, elle convainc ses parents de quitter l'État de Washington pour Los Angeles grâce à un PowerPoint digne d'une start-up, présentant cinq étapes pour devenir actrice comme un véritable business plan.

Un parcours éclectique et maîtrisé

Contrairement à de nombreuses actrices de sa génération, Sydney Sweeney n'a pas suivi la voie traditionnelle des Disney Channel ou des sitcoms adolescentes. Elle débute dans l'horreur avec Zombies of Mass Destruction, avant d'enchaîner les apparitions furtives dans des séries comme Grey's Anatomy et Pretty Little Liars, puis un micro-rôle dans Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino.

Le grand public la découvre vraiment grâce à trois registres radicalement différents :

  • Le teen drama sulfureux (Euphoria)
  • La satire sociale (The White Lotus)
  • Le drame intimiste (Reality)

Depuis, elle élargit encore son spectre avec la comédie romantique (Tout sauf toi), le blockbuster Marvel (Madame Web), ou encore la série dystopique (The Handmaid's Tale).

Prendre le contrôle de son image

Plutôt que de se laisser enfermer dans une image, Sydney Sweeney prend le contrôle de son parcours en créant sa société de production, Fifty-Fifty, qui soutient des projets féminins et défend un partage plus équitable des revenus. Son premier coup d'éclat : Immaculée, film d'horreur gothique dont elle est à la fois productrice et actrice principale.

Dans ce film, elle incarne une nonne enceinte traquée par le diable, un rôle radical qui pulvérise l'étiquette de « bimbo » qu'on lui colle trop facilement. Hors plateau, elle s'amuse à restaurer une vieille Ford Bronco de 1969, tourne des vidéos secrètes sur TikTok pour montrer ses progrès, jongle entre russe et espagnol, pratique le MMA et garde les réflexes du kickboxing qu'elle pratiquait adolescente.

Une génération en rupture

Sydney Sweeney fascine parce qu'elle incarne une génération en rupture. « Les gens se sentent libres de parler de moi comme ils veulent, parce qu'ils pensent que j'ai signé ma vie, confiait-elle à Vanity Fair après les commentaires sur sa tenue lors de son apparition au SNL. Que je ne suis plus une personne mais une actrice, que ces personnages appartiennent à tout le monde, mais que moi, Sydney, je ne m'appartiens plus. C'est une relation étrange sur laquelle je n'ai aucun contrôle. »

Dans quelques mois, on la verra monter sur un ring, coupe mulet et muscles saillants, dans la peau de la boxeuse Christy Martin. Comme une manière de clore le débat : plutôt que de se laisser raconter, écrire elle-même son récit et reprendre le contrôle de sa propre narration face aux interprétations politiques dont elle fait l'objet.