Patrick Sébastien accuse Delphine Ernotte Cunci de se comporter en « propriétaire » de France Télévisions
Sébastien vs Ernotte Cunci : la guerre des anciens animateurs de France Télé

Un affrontement télévisuel devant les députés

L'ancien animateur emblématique de France Télévisions, Patrick Sébastien, a lancé une charge violente contre Delphine Ernotte Cunci, la présidente-directrice générale du groupe public, lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire sur le financement et la neutralité de l'audiovisuel public. Dans une déclaration retentissante, il a accusé la dirigeante de se comporter en « propriétaire » du service public plutôt qu'en simple présidente.

Une amitié divisée par la gestion d'Ernotte Cunci

La scène était particulièrement tendue puisque Patrick Sébastien était auditionné aux côtés de son ami de longue date, Michel Drucker. Les deux figures historiques du petit écran ont exposé des visions radicalement opposées de la gestion de Delphine Ernotte Cunci, à la tête de France Télévisions depuis 2015. « On a une amitié indéfectible mais on n'a pas le même avis », a reconnu Patrick Sébastien, soulignant la fracture entre les deux vétérans.

Michel Drucker, avec ses cinquante-huit années de service public au compteur, a au contraire défendu la présidente, affirmant ne pas avoir « senti un changement idéologique » lors de son arrivée. « Le service public est une grande réussite, qui gêne sans doute le privé », a-t-il plaidé devant les députés, rappelant que « le service public, c'est ma vie, j'y ai tout appris ».

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Des griefs personnels et professionnels

Patrick Sébastien a détaillé ses griefs contre Delphine Ernotte Cunci, affirmant que « pendant des années sur le service public, tout s'est merveilleusement passé » jusqu'à l'arrivée de la dirigeante. L'ancien présentateur du « Plus grand cabaret du monde » a évoqué son éviction dans des « conditions très particulières », qualifiant les faibles audiences de « faux prétexte absolu ». Il a notamment pointé que Nagui a repris des créneaux qu'il occupait précédemment.

« Elle a choisi de faire la télé qu'elle voulait par rapport à ses idées à elle », a-t-il dénoncé, avant d'ajouter cette phrase devenue le cœur du conflit : « Elle est présidente, pas propriétaire du service public ». Cette déclaration résume l'essence de son accusation : selon Sébastien, Ernotte Cunci gérerait France Télévisions comme un bien personnel plutôt qu'une institution publique.

Le contexte d'une transformation controversée

L'arrivée de Delphine Ernotte Cunci à la tête de France Télévisions avait effectivement marqué un tournant. Ses déclarations initiales avaient froissé une partie des équipes : « On a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans » et « il va falloir que ça change ». Plusieurs figures emblématiques avaient alors quitté le navire, dont David Pujadas, Julien Lepers, Patrick Sébastien lui-même et William Leymergie.

Jacques Cardoze, autre ancien présentateur, a témoigné dans le même sens que Sébastien, reconnaissant que « France Télévisions (lui) a tout donné » mais qu'il en est parti « écoeuré ». Ces départs en série ont alimenté les critiques sur la nouvelle orientation donnée au service public audiovisuel.

Une audition sous haute tension

Les près de trois heures d'audition ont été décrites comme particulièrement émotionnelles par la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, qui a noté la présence d'« énormément d'affect ». Patrick Sébastien s'est présenté comme un homme « nostalgique et blessé », soulignant qu'avec Michel Drucker, « on a plu à un certain public. On est frères là-dessus ».

Michel Drucker a pour sa part regretté que « on n'a pas beaucoup entendu parler du public et du service » devant cette commission souvent agitée, faisant référence aux débats houleux qui ont marqué les travaux parlementaires.

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Les suites de cette confrontation médiatique

Delphine Ernotte Cunci, déjà auditionnée par cette commission d'enquête, doit être entendue à nouveau le 8 avril, à la fin des travaux parlementaires. En revanche, les anciens présidents de la République François Hollande et Nicolas Sarkozy, initialement convoqués, ne comparaîtront pas. Ils ont invoqué « d'une part des motifs constitutionnels et d'autre part des procédures en cours » en justice, selon Jérémie Patrier-Leitus, le président de la commission.

Cet épisode illustre les tensions persistantes au sein de l'audiovisuel public français, entre tradition et modernisation, entre fidélité aux anciennes figures et volonté de renouvellement. La question fondamentale reste : comment concilier l'héritage du service public avec les nécessités d'adaptation à une société en mutation ?