Didier Raoult assume son étiquette de complotiste dans un livre provocateur
Raoult assume son étiquette de complotiste dans un livre

Didier Raoult assume son étiquette de complotiste dans un livre provocateur

Dans son nouveau livre La société du factice, paru le 18 mars, Didier Raoult, le professeur déchu tristement célèbre pour avoir promu l'hydroxychloroquine durant la pandémie de Covid-19 en 2020, semble désormais s'enorgueillir de son appartenance à la mouvance complotiste. Loin de la nier, il l'affiche presque comme une fierté, marquant un tournant dans son positionnement public.

Une revendication assumée du qualificatif

Dès les premières pages de son ouvrage, Raoult adopte une posture subversive. Il affirme que qualifier une personne de « complotiste » est une « technique vieille comme le monde » visant à censurer les opinions alternatives. Selon lui, les complotistes seraient les seuls détenteurs d'une vérité cachée qui effraie la bien-pensance. Cette attitude reflète une tendance plus large observée sur les réseaux sociaux ces derniers mois, où de nombreux internautes se désignent eux-mêmes comme complotistes, allant jusqu'à se comparer à des lanceurs d'alerte. Être perçu comme complotiste serait-il devenu un gage de qualité ?

L'analyse d'un expert sur l'essor du complotisme

Blaise Bachofen, maître de conférences en philosophie à l'Université de Cergy-Pontoise et spécialiste des théories du complot, confirme cette évolution. « Ce n'est en réalité plus si rare, même si c'est relativement récent, que des gens utilisent ce terme en s'en revendiquant », explique-t-il. Le concept de « théorie du complot », apparu en 1945 chez Karl Popper, a toujours été péjoratif, tandis que le qualificatif « complotiste » n'émerge qu'à la fin du XXe siècle. Pour Bachofen, deux crises majeures ont favorisé l'émergence d'un complotisme plus assumé en France : le mouvement des « gilets jaunes » et la pandémie de Covid-19. « C'est lors de situations de crise angoissantes que l'on n'arrive pas à maîtriser que naissent les théories du complot. Et ça a vraiment explosé au moment de la pandémie », indique-t-il.

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Le cas emblématique de Didier Raoult

C'est précisément durant la crise du Covid-19 que le grand public français a découvert Didier Raoult, érigé en star pour ses hypothèses sur un traitement à base d'hydroxychloroquine. Initialement prises au sérieux, ces propositions ont finalement été écartées en raison de méthodes jugées douteuses, comme des soupçons de données manipulées ou un échantillon de patients insuffisant, critiquées par de nombreux épidémiologistes et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Aujourd'hui encore, Raoult se dit victime d'un complot, laissant planer le doute sur les raisons de son éviction dans son livre. Bachofen décrit cette vision comme « très simpliste et manichéenne, avec une séparation entre les gentils et les méchants, où le complotiste se place du côté des gentils ».

Les caractéristiques du profil complotiste

À partir de l'étude des théories du complot, il est possible de dresser un profil général du complotiste. Bachofen détaille : « Il faut d'abord regarder l'argumentaire. Est-ce qu'il y a une forme d'affirmation générale sans souci de vérification ? ». Parmi les traits communs, on trouve une posture anticonstitutionnelle, affirmant sans preuve que tout ce qui vient des institutions est faux, et une tendance à ignorer les éléments contredisant l'hypothèse. « Les complotistes ne gardent que ce qui va dans le sens de leur hypothèse et écartent le reste », explique-t-il. Récemment, l'affaire Epstein a alimenté les communautés complotistes, certaines se présentant comme des lanceurs d'alerte, bien que cette théorie n'ait jamais été démontrée. Bachofen souligne : « Le complotisme fait très rarement l'effort de la démonstration et s'appuie d'abord sur des insinuations. Au fond, il y a une dimension souvent très peu solide ». Chez les complotistes, un simple soupçon suffit souvent à étayer leurs dires.

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