Nicole Fau-Bellorgey, pionnière cheffe d'agence à Var-matin, raconte
Nicole Fau-Bellorgey, pionnière cheffe d'agence à Var-matin

Nicole Fau-Bellorgey, ancienne journaliste de Var-matin, fut l'une des premières femmes à occuper le poste de cheffe d'agence au sein du journal, une nomination qui a bousculé les codes en 1976. Aujourd'hui âgée de 80 ans, elle ouvre sa boîte à souvenirs et témoigne des défis rencontrés dans un métier alors très masculin.

Une nomination historique à Hyères

En 1976, Nicole Fau (son nom de jeune fille) est nommée cheffe d'agence à Hyères, quelques mois seulement après avoir intégré la rédaction de Var-matin. Cette promotion en faisait l'une des toutes premières femmes à diriger une agence du journal. « Le directeur de l'époque, Jacques Defferre, avait pris des risques en nommant une femme à la tête de l'agence d'Hyères », confie-t-elle. L'équipe en place, composée d'hommes d'une cinquantaine d'années, a bien accepté la situation, mais l'environnement social et politique était plus difficile.

Un accueil sexiste et des menaces

Nicole Fau-Bellorgey se souvient d'un incident révélateur : un président d'association hyéroise s'est présenté à l'agence pour parler au « chef d'agence ». Lorsqu'elle est sortie de son bureau et s'est présentée, l'homme a refusé de croire qu'elle était la cheffe. « Non, insiste le monsieur, c'est au chef d'agence que je veux parler, pas à sa secrétaire. » Après qu'elle a précisé être la cheffe, « son visage se décompose, et il explose littéralement : alors maintenant, on mélange les torchons et les serviettes, il tourne les talons et s'en va en claquant la porte. »

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Elle a également reçu un petit cercueil à son nom à l'agence de Toulon après un article déplaisant. Un élu, exaspéré par une enquête sur les maisons de retraite, avait déclaré publiquement « qu'il voulait la peau de cette Nicole Fau », sans être inquiété. « Ça tombe bien, car je n'étais pas inquiète non plus… », réplique-t-elle, même si elle avoue avoir été choquée.

Une carrière marquée par les faits divers

À Hyères, surnommée un temps « Hyères les bombes », les règlements de comptes étaient fréquents. Nicole Fau-Bellorgey se rappelle une nuit de janvier où elle s'est rendue sur les lieux d'une fusillade sur la route du Mont des Oiseaux. « Quand j'arrive, la police n'est pas encore là, mais on distingue, à la lueur d'un réverbère, un corps à terre. Et je n'oublierai jamais le cri déchirant de la mère qui avait un travail de nuit, lorsqu'elle découvrira, à terre, son mari et sa fille. » Il s'agissait de l'affaire Recco, qui a fait la une des journaux jusqu'en novembre 2025, date du décès du plus ancien détenu de France.

Après Var-matin, de nouveaux défis

Nicole Fau-Bellorgey a quitté Var-matin en 1998. Elle a participé au lancement du magazine Femina avec La Provence, puis des pages Santé avec Nice-Matin. Elle s'est ensuite reconvertie à la télévision, intégrant l'équipe des Maternelles sur France 5, où elle réalisait les tournages dans le Sud et suivait les montages et plateaux à Boulogne-Billancourt. Aujourd'hui encore, elle écrit pour un site d'informations et reste investie dans la santé. « Écrire, c'est tout ce que je sais faire, je ne sais pas cuisiner, je ne sais pas tricoter, je ne sais pas coudre… Si, juste un bouton. »

Elle partage son amour de la rencontre, « improbable avec des personnalités qu'on ne soupçonnait même pas », et défend une certaine idée du journalisme « à l'ancienne ».

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