Une audition houleuse à l'Assemblée nationale
L'animateur de télévision et de radio Nagui a été auditionné ce mercredi par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public à l'Assemblée nationale. Dès les premiers instants, le ton est monté d'un cran lorsque Nagui a annoncé avoir déposé plainte contre X pour cyberharcèlement, une plainte qu'il a déclaré avoir effectuée "fin janvier, début février". Il s'est dit victime d'une "campagne de haine" qu'il attribue directement à une interview du député Charles Alloncle, rapporteur de la commission, diffusée fin 2025.
Des accusations graves et des répliques immédiates
Dans une charge virulente, Nagui a accusé le député ciottiste de l'avoir "jeté en pâture" et d'avoir mis sa famille en danger avec des "insinuations" sur ses revenus. "Votre intuition, comme vous dites, a déclenché à mon encontre des injures, des menaces, des incitations à porter atteinte à mon intégrité physique, le tout avec de nombreux messages racistes", a dénoncé l'animateur avec émotion. Il a ajouté : "Je protège ma famille, je vis avec des agents de sécurité [...] vous mettez ma famille en danger".
Le député Charles Alloncle a immédiatement répliqué, affirmant être lui aussi victime de "menaces de mort" suite à la réponse publiée par Nagui sur les réseaux sociaux. Cette réplique a encore davantage tendu l'atmosphère déjà électrique de cette audition parlementaire.
Le cœur du différend : les revenus de l'animateur
Le conflit trouve son origine dans une interview où Charles Alloncle avait nommément mis en cause Nagui, le désignant comme "la personne, sur les dix dernières années en France, qui s'est le plus enrichie sur l'argent public". Le député UDR, parti allié du Rassemblement National, avait même avancé que "ça se compte en centaines de millions" d'euros, en faisant allusion aux émissions produites par Nagui sur France Télévisions. Il avait toutefois précisé qu'il parlait au "conditionnel".
Lors de l'audition, le député a également rappelé la polémique des "animateurs-producteurs" des années 1990, dans laquelle le nom de Nagui avait été cité à l'époque. Nagui a répondu avec fermeté : "Je ne sais pas à quoi vous vous attendiez [...] en me jetant en pâture comme ça, sans aucune preuve, à part votre intuition". Il a volontairement utilisé le prénom complet du rapporteur, "Charles-Henri Alloncle", pour souligner son propos.
L'animateur a aussi pointé du doigt ce qu'il considère comme une confusion dans les déclarations du député : "Vous créez du buzz en confondant chiffre d'affaires et bénéfices", a-t-il affirmé, contestant ainsi la manière dont ses revenus ont été présentés.
Le contexte professionnel de Nagui
Nagui, l'un des animateurs les plus célèbres du paysage audiovisuel français, est salarié de France Inter pour l'émission quotidienne "La bande originale". Sa société Air Productions, rachetée en 2008 par le géant de l'audiovisuel Banijay, produit également le jeu quotidien "N'oubliez pas les paroles" pour France Télévisions.
En 2020, le site d'information Mediapart avait révélé l'existence d'un contrat de 100 millions d'euros entre France Télévisions et Air Productions pour la production de plusieurs émissions sur une période de trois ans. Ce contrat incluait non seulement "N'oubliez pas les paroles", mais aussi l'émission musicale "Taratata". Ces informations avaient déjà alimenté le débat public sur la rémunération des animateurs-producteurs dans le secteur de l'audiovisuel public.
Cette audition mouvementée met en lumière les tensions persistantes autour de la transparence des rémunérations dans l'audiovisuel public et les conséquences parfois dramatiques des polémiques médiatiques sur la vie privée des personnalités concernées.



