L'interview de Sergueï Lavrov par Léa Salamé sur France 2 déclenche une tempête de critiques
L'interview de Lavrov par Salamé sur France 2 fait polémique

Une interview de Sergueï Lavrov sur France 2 au cœur d'une tempête médiatique

Le journal de France 2 a diffusé jeudi 26 mars 2026 un extrait de l'interview du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, menée par la journaliste Léa Salamé. Cet échange préenregistré, présenté comme exclusif, a immédiatement suscité une vague de critiques acerbes de la part de diplomates, chercheurs et spécialistes des relations internationales.

Une tribune controversée pour la propagande russe

L'ambassadeur d'Ukraine en France, Vadym Omelchenko, n'a pas mâché ses mots sur le réseau social X, qualifiant cette interview de « tribune offerte à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre ». Le diplomate ukrainien s'est interrogé publiquement sur l'opportunité de donner une telle visibilité à un responsable russe alors que son pays poursuit une guerre d'agression contre l'Ukraine.

Du côté français, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a exprimé ses regrets, estimant que Sergueï Lavrov avait « pu dérouler tranquillement sa propagande » sur la chaîne publique. Il a rappelé avec fermeté que « répéter des mensonges à une heure de grande écoute n'en fait pas des vérités », soulignant les crimes de guerre documentés commis par la Russie en Ukraine.

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Des critiques venues du monde de la recherche et du journalisme

Les spécialistes de géopolitique et des relations internationales ont été particulièrement virulents dans leurs critiques. Dimitri Minic, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), a parlé de « séquence catastrophique sur le service public », qualifiant l'interview d'« inutile, mal préparée et au final, dangereuse ».

Le chercheur Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique, a fustigé sur X « une interview honteuse » durant laquelle le ministre russe a pu développer ses éléments de langage « presque sans aucune contradiction ». Plusieurs analystes ont pointé l'absence de questions sur des sujets cruciaux comme les massacres de Boutcha et Marioupol, pourtant largement documentés par des rapports internationaux.

La défense de France Télévisions et de Léa Salamé

Face à cette avalanche de critiques, la Société des journalistes de France Télévisions est montée au créneau pour défendre Léa Salamé. Valéry Lerouge, son président, a affirmé que la journaliste avait mis Sergueï Lavrov « devant les faits », évoquant explicitement les frappes sur des écoles et des hôpitaux, ainsi que les milliers de civils ukrainiens tués.

Philippe Corbé, directeur de l'information de France Télévisions, a justifié cette interview par « un intérêt journalistique évident », soulignant que le chef de la diplomatie russe reste « un acteur majeur de la guerre au Moyen-Orient ». Il a insisté sur le fait que cet entretien n'était « absolument pas complaisant » et a rappelé le travail conséquent de la rédaction sur le conflit ukrainien, avec près de 400 reportages réalisés sur le terrain.

Une polémique qui dépasse le cadre médiatique

Le député de la France insoumise Aurélien Saintoul a officiellement interpellé Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, pour obtenir des éclaircissements sur « les dispositions éditoriales qui ont encadré la préparation et la diffusion » de cette interview. Cette intervention politique souligne l'ampleur d'une polémique qui dépasse largement le seul cadre journalistique.

Les critiques ont également porté sur le montage de l'interview diffusé au 20 heures, qui juxtaposait des déclarations de Sergueï Lavrov sur le respect du droit international avec des questions sur les violations commises par la Russie en Ukraine, posées seulement dix minutes plus tard dans la version intégrale. Cette présentation a été perçue par certains comme insuffisamment critique et contextualisée.

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