L'effondrement spectaculaire des audiences des Maternelles
L'avenir de l'émission Les Maternelles apparaît de plus en plus incertain alors que le programme subit une chute vertigineuse de son audience depuis plusieurs mois. France 2, contacté ce mardi, maintient pourtant que l'émission ne s'arrête pas et que Marie Portolano en reste l'animatrice. Cette déclaration officielle contraste fortement avec la réalité des chiffres qui révèlent un véritable accident audiovisuel.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Vendredi dernier, le public a massivement boudé l'émission matinale sur France 5 avec seulement 5.000 téléspectateurs devant leur écran. Cette performance catastrophique prend toute sa dimension lorsqu'on la compare aux audiences de la saison précédente. Entre septembre 2024 et juin 2025, alors présentée par Agathe Lecaron sur France 2 à 9h30, l'émission réunissait en moyenne 352.000 téléspectateurs, soit 11,6% du public.
Une offre éditoriale brouillée
Ces résultats encourageants avaient conduit France Télévisions à transférer le programme sur France 4 en access prime time, entre 19h30 et 21 heures, tout en modifiant son contenu vers des sujets plus sociétaux et plus longs. Le résultat fut sans appel : entre septembre 2025 et mi-novembre, l'audience s'est effondrée à 50.000 téléspectateurs seulement, représentant 0,3% du public.
L'access prime time est une case de concurrence très forte, où dominent des formats de divertissement, de jeu ou d'actualité chaude, rappelle Virginie Spies, sociologue et experte des médias.
Le retour raté en matinale
Face à cet échec, la direction de France Télé a tenté de relancer le programme sur France 5 en matinale. Malheureusement, entre janvier et février 2026, l'audience moyenne est tombée à 27.000 téléspectateurs. Quand les audiences d'un programme s'effondrent aussi brutalement, cela traduit que le public ne sait plus vraiment où le trouver, observe Virginie Spies. La marque existe encore, mais la lisibilité de son offre s'est brouillée.
Le poids crucial de l'incarnation
La relation établie entre le public et Agathe Lecaron, qui a animé le programme de 2016 à 2025, constitue un élément déterminant dans cette crise. Son remplacement par Marie Portolano en septembre dernier interroge fortement au vu des résultats désastreux.
Dans beaucoup d'émissions, le public ne regarde pas seulement un format, mais aussi une personne avec laquelle il a construit une relation de confiance, détaille l'experte des médias. Dans un programme comme Les Maternelles, cette dimension est encore plus forte, car on y parle d'intime : la maternité, la fatigue, les doutes, l'éducation.
Virginie Spies poursuit : L'animatrice devient presque une figure de proximité, parfois même une forme de "coparente médiatique". Quand cette incarnation change, il faut du temps pour reconstruire ce lien de confiance. Ce n'est pas forcément un problème de compétence ou de qualité d'animation.
La concurrence redoutable des réseaux sociaux
Les multiples changements de cases horaires cette saison ont sérieusement érodé le succès d'un des programmes les mieux identifiés en matinale télévisuelle. Mais la concurrence extérieure joue également un rôle majeur dans les mauvais résultats des Maternelles.
Le problème n'est pas seulement éditorial, il est contextuel, assure la sociologue. Les jeunes parents, cœur de cible du programme, consomment aujourd'hui beaucoup de contenus sur Instagram, YouTube ou TikTok, où ils trouvent des conseils parentaux rapidement, souvent incarnés par des influenceurs ou des professionnels. La télévision n'est plus le premier réflexe.
Quel avenir pour Les Maternelles ?
Alors que France Télévisions confirme la poursuite de l'émission avec Marie Portolano, la question de sa survie se pose avec acuité. Notre experte propose plusieurs pistes pour relancer le programme :
- Retrouver de la lisibilité avec un horaire clair et stable
- Définir une promesse éditoriale simple et cohérente
- Renforcer l'incarnation du programme
- Utiliser les réseaux sociaux plutôt que de s'y opposer
Plutôt que de s'opposer à la concurrence des réseaux sociaux, la télévision peut s'en servir, suggère Virginie Spies. Cela peut passer par la diffusion d'extraits courts, de conseils et de témoignages qui vivent aussi sur les plateformes numériques.
La sociologue termine sur une note optimiste : Les Maternelles possède un atout précieux : une marque installée depuis de longues années. Dans le paysage audiovisuel actuel, c'est rare. Mais le chemin vers la reconquête du public s'annonce long et semé d'embûches pour cette émission emblématique.



