Le Pen condamnée, mais déjà gagnante dans les télés
Le Pen condamnée, mais gagnante dans les télés

Une condamnation sans conséquence médiatique

Le 10 juillet 2026, Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds publics par le tribunal correctionnel de Paris. Pourtant, selon le journaliste Daniel Schneidermann, cette décision judiciaire n'a pas entamé sa présence dans les médias, bien au contraire. Dans une tribune publiée par Libération, Schneidermann analyse comment la leader du Rassemblement national continue de dominer les écrans télévisés, comme si sa peine n'avait jamais existé.

Une couverture médiatique en décalage

Schneidermann souligne que les chaînes d'information en continu ont accordé à Marine Le Pen un temps de parole équivalent à celui des candidats à la présidentielle, alors même qu'elle a été déclarée inéligible pour cinq ans. Selon lui, cette exposition médiatique crée un paradoxe : la condamnation est évoquée, mais sa présence régulière dans les débats et les interviews lui confère une légitimité que la justice a pourtant remise en cause.

Le journaliste cite l'exemple d'une émission politique sur une grande chaîne nationale, où Marine Le Pen a été invitée à débattre des enjeux économiques, sans que le sujet de sa condamnation ne soit abordé de manière substantielle. « On a vu une candidate qui n'est plus candidate, mais qui parle comme si elle l'était encore », écrit Schneidermann.

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Un traitement asymétrique

Daniel Schneidermann compare ce traitement à celui réservé à d'autres personnalités politiques condamnées, comme l'ancien président Nicolas Sarkozy. Il note que la couverture médiatique de Le Pen est bien plus favorable, car elle bénéficie d'un statut de « figure incontournable » que les chaînes peinent à remettre en question. « Les rédactions semblent incapables de prendre acte de la décision de justice », déplore-t-il.

Selon une étude du CSA mentionnée par Schneidermann, le temps de parole de Marine Le Pen sur les chaînes hertziennes a augmenté de 30 % au cours du mois suivant sa condamnation, par rapport à la période précédente. Ce chiffre contraste avec la baisse de 15 % du temps de parole d'Éric Zemmour, pourtant non condamné.

Les conséquences politiques

Cette omniprésence médiatique a des répercussions directes sur l'opinion publique. Un sondage Ifop réalisé juste après la condamnation indique que 62 % des Français estiment que Marine Le Pen reste une figure politique majeure, malgré son inéligibilité. Pour Schneidermann, cela montre que « la justice a parlé, mais les télévisions ont le dernier mot ».

Il conclut sa tribune en appelant les journalistes à « réfléchir à leur responsabilité » et à ne pas laisser la logique de l'audimat primer sur la réalité judiciaire. « Le Pen a perdu devant les juges, mais elle gagne chaque soir sur les plateaux », résume-t-il.

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