Un journaliste berlinois sous protection policière après une campagne de haine orchestrée par la Russie
Journaliste sous protection après campagne de haine liée à la Russie

Un journaliste berlinois sous protection policière après une campagne de haine orchestrée par la Russie

La découverte d'une voiture de police stationnée devant son domicile berlinois a été un choc pour Nicholas Potter. Le journaliste du Tageszeitung, grand quotidien de la gauche alternative allemande souvent comparé à Libération, a immédiatement compris que sa vie était en danger. Une protection policière lui a été accordée, mesure exceptionnelle qui souligne la gravité de la violente campagne le visant depuis des mois sur les réseaux sociaux.

De retour d'Israël, le portrait du journaliste placardé dans Berlin

Tout a commencé dans un bus reliant le kibboutz Be'eri à Jérusalem, en Israël. Le reporter germano-britannique revenait d'un reportage sur ce kibboutz proche de Gaza, décimé par l'attaque du 7 octobre 2023 où un dixième de ses 1 200 habitants a été assassiné et une trentaine de personnes enlevées.

Les premiers messages hostiles sont apparus sur son portable pendant ce trajet. Puis, au cours des jours, semaines et mois suivants, une véritable tornade de messages haineux et diffamatoires s'est abattue sur lui. Le journaliste a été traité de « nazi à la botte du sionisme », de « fasciste » ou encore d'« agent financé par le lobby apartheid et génocidaire juif ».

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« Tu vas devoir rendre des comptes ! », promettait l'un de ses détracteurs. Un autre espérait même que la prochaine fusée iranienne sur Tel-Aviv serait pour lui, accompagnant son message d'un triangle rouge identique à ceux des vidéos de propagande du Hamas.

La campagne de diffamation s'est propagée comme un feu de paille. Des affiches montrant son visage sont apparues sur les colonnes Morris, les distributeurs de billets, les poubelles et les réverbères de Berlin, rappelant le film M Le Maudit de Fritz Lang. Nicholas Potter était-il devenu l'ennemi à abattre ?

La Russie derrière une campagne de haine

À l'origine de cette campagne se trouve « Red media », un site Internet populaire auprès de la gauche radicale allemande, officiellement basé à Berlin. Ce média se décrit comme « révolutionnaire » et « anti-impérialiste », mais une enquête des Renseignements allemands divulguée en juillet 2025 a confirmé que la Russie se cache en réalité derrière cette plateforme.

Ses « reporters » ont filmé l'intervention de la police lors de manifestations anti-israéliennes et l'occupation d'une université berlinoise. Leurs clips, largement diffusés sur les réseaux sociaux, propagent l'image d'une Allemagne État policier réprimant à coups de matraque toute manifestation contre Israël.

Dans un pays traditionnellement très proche d'Israël depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, où la solidarité avec les Palestiniens est quasiment inexistante, le gouvernement allemand a rappelé à plusieurs reprises qu'aucun slogan anti-israélien ne serait toléré lors des manifestations de soutien à Gaza.

Le livre de Nicholas Potter bouscule l'Allemagne

Nicholas Potter n'en est pas à sa première tempête médiatique. Il avait déjà été attaqué durant la crise du Covid pour ses articles critiquant les « Querdenker », ces militants antivax souvent proches de mouvances autoritaires d'extrême droite. Mais cette fois, ce ne sont pas les néonazis qui s'en prennent à lui, mais ceux qu'il pensait appartenir à sa propre famille idéologique de gauche.

Le journaliste dit ne plus reconnaître une partie de cette gauche avec laquelle il est si souvent descendu dans la rue. Il se sent trahi et s'interroge : que s'est-il passé ? Comment ses « amis » politiques ont-ils pu ainsi changer ? Quelle idéologie anime leur haine ?

Ces questions, il les aborde dans son dernier livre, La nouvelle gauche autoritaire – une véritable menace pour la société démocratique (DTV, non traduit), qui vient de sortir en Allemagne où il fait beaucoup de bruit.

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Qui est cette « nouvelle gauche autoritaire » en Allemagne

La « nouvelle gauche autoritaire » décrite par l'auteur regroupe des activistes organisant des agressions publiques, collant des « avis de recherche » sur les murs et lançant des appels au meurtre. Leur idéologie, de plus en plus dominante à gauche selon Potter, est dogmatique et manichéenne, ne laissant aucune place aux nuances.

Il y a les amis et les ennemis, le bien et le mal, les oppresseurs contre les oppressés, les colonisateurs contre les colonisés. Ceux qui, comme Nicholas Potter, ne partagent pas cette vision sont désignés comme des cibles à abattre par le bannissement, le boycott et des campagnes de diffamation suivies de menaces de mort.

Dans son essai, Potter dresse la liste des caractéristiques de cette gauche autoritaire :

  • Une prétention à la vérité absolue au détriment de la complexité
  • La conviction que tous les moyens sont bons pour lutter contre le « Mal »
  • Une admiration pour les régimes autocratiques et les organisations terroristes ayant déclaré la guerre aux démocraties

Cette banalisation, voire glorification de la violence armée contre les civils est présentée comme une forme de pseudo-résistance « anticoloniale », avec l'appui des « ingénieurs du chaos » du Kremlin. Dans leur vulgate, les partisans de ce courant considèrent la démocratie libérale comme un « système de répression raciste et capitaliste » et s'estiment en droit d'agresser les journalistes tout en recourant à la désinformation.

Des méthodes qui, comme le rappelle Nicholas Potter, rappellent de manière troublante celles de l'extrême droite allemande.