Radio France amorce une transformation technologique majeure
Le groupe public de radiodiffusion engage une transition technologique d'envergure en réduisant progressivement la diffusion hertzienne de France Musique au profit du DAB+. Cette évolution s'inscrit dans une stratégie de modernisation et de réalisation d'économies substantielles pour l'entreprise publique.
Une bascule progressive vers le numérique
Les auditeurs de Radio France vont devoir modifier certaines habitudes d'écoute d'ici la fin de l'été. France Musique ne sera plus diffusée qu'en numérique dans certaines zones géographiques, marquant ainsi un tournant décisif dans l'abandon progressif de la radio traditionnelle. En modulation de fréquence (FM), c'est-à-dire via les postes de radio classiques, France Musique ne couvrira plus 93% de la population française mais environ 70%, comme l'a confirmé Radio France ce mercredi.
« Nous allons dire aux auditeurs : équipez-vous dès maintenant avec des récepteurs compatibles DAB+ », a déclaré la présidente du groupe public, Sibyle Veil. Le prix minimum d'une radio numérique s'élève actuellement à environ 30 euros. Le DAB+, qui couvre déjà deux tiers de la population française, représente l'équivalent radiophonique de la télévision numérique terrestre (TNT) et remplacera à terme la FM, déployée en France depuis les années 1950 et aujourd'hui techniquement saturée.
Restructuration du paysage radiophonique
Mouv', autre station musicale du groupe destinée au public jeune, va maintenir sa présence sur internet et l'application Radio France. Cependant, cette station va quitter définitivement la bande FM, et sa fréquence en DAB+ sera réattribuée à « Mon petit France Inter », une nouvelle radio conçue spécialement pour les enfants à partir de 6 ans, dont le lancement est prévu en 2024. Ces annonces stratégiques ont été présentées mardi aux représentants du personnel de Radio France lors du comité social et économique.
Une stratégie d'économies budgétaires
L'objectif poursuivi par Radio France est double : moderniser la distribution de ses contenus radiophoniques tout en réalisant des économies significatives dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, comme l'a expliqué Sibyle Veil aux journalistes en amont de ces annonces. Environ 300 émetteurs FM, représentant 12% du parc technique de Radio France, vont être restitués au régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom. Cette démarche permettra de générer 3,9 millions d'euros d'économies annuelles. L'autorité de régulation pourra ensuite réattribuer ces fréquences à d'autres acteurs du secteur.
À l'inverse, franceinfo et le réseau des radios locales Ici vont considérablement élargir leur couverture FM pour atteindre plus de 90% de la population française. Cette extension concerne particulièrement Ici en région parisienne, ainsi qu'à Autun (Saône-et-Loire), Longwy (Meurthe-et-Moselle) et dans la périphérie lyonnaise. « L'information de service public devient un enjeu majeur », a souligné Sibyle Veil, évoquant à la fois « la montée préoccupante de la désinformation » et les épisodes de crises récurrents, qu'il s'agisse d'inondations ou de pannes d'électricité. Franceinfo va ainsi reprendre certains émetteurs précédemment utilisés par France Musique, ce qui nécessitera des ajustements de fréquences pour les auditeurs concernés.
Le déploiement du DAB+ à l'horizon 2033
Une campagne de communication d'envergure va être déployée sur les antennes publiques, accompagnée de l'ouverture d'une ligne téléphonique dédiée pour accompagner ce mouvement qualifié d'« historique » par la présidente de Radio France, qui affirme ne pas vouloir « perdre des auditeurs en cours de route ». Radio France demeure le premier groupe radiophonique français : lors de la dernière saison 2024-2025, ses sept stations ont cumulé 30,6% de part d'audience selon les chiffres de Médiamétrie.
L'Arcom a fixé à l'ensemble des acteurs radiophoniques l'objectif ambitieux de basculer intégralement vers le tout-numérique d'ici 2033, avec d'une part le DAB+ et d'autre part internet. Bien que largement méconnu du grand public, cet enjeu technologique s'avère crucial pour l'ensemble de la filière radiophonique, non seulement en France mais également dans toute l'Europe. Le DAB+ présente plusieurs avantages substantiels :
- Une qualité sonore nettement supérieure
- Des coûts de transmission réduits par rapport à la FM
- Plus besoin de mémoriser les fréquences des stations
- Une écoute continue sans interférences ni interruptions lors des déplacements
Cette transition numérique progressive marque ainsi un tournant décisif dans l'histoire de la radiodiffusion française, avec des implications techniques, économiques et d'usage pour des millions d'auditeurs.



