Le match de football France-Maroc a été présenté par de nombreux commentateurs comme un événement quasi hypnotique, où le discours médiatique a parfois pris le pas sur la réalité du jeu. Dans une tribune publiée par Libération, la linguiste Julie Neveux décrypte ce phénomène d'emprise verbale.
Une emprise médiatique inédite
Selon Julie Neveux, la couverture du match a été marquée par une « mise sous hypnose » des téléspectateurs, due à un flot de commentaires répétitifs et souvent hors de propos. Elle note que 80 % des interventions des commentateurs, selon une étude non citée, se concentraient sur des éléments extra-sportifs comme les enjeux politiques ou identitaires, plutôt que sur le jeu lui-même.
« Les commentateurs ont créé une fiction narrative qui a occulté la réalité du terrain », écrit-elle. Cette tendance, ajoute-t-elle, n'est pas nouvelle mais a atteint un sommet lors de cette rencontre, en raison du contexte historique entre les deux pays.
Le poids des mots
Neveux souligne que le vocabulaire employé, comme « revanche », « affrontement » ou « destin », a contribué à dramatiser l'événement. Elle cite un commentateur ayant déclaré : « Ce match, c'est bien plus que du football », une phrase qui illustre selon elle la dérive vers une « sportivisation » de la politique.
La linguiste rappelle que les mots ne sont jamais neutres et que leur répétition peut influencer la perception collective. « Lorsqu'on entend vingt fois 'guerre' dans un commentaire, on finit par croire qu'il s'agit d'un conflit », ironise-t-elle.
Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ont joué un rôle d'amplificateur, avec des millions de tweets reprenant les mêmes formules choc. Neveux estime que ce brouillage entre information et divertissement est dangereux pour la démocratie, car il réduit les événements sportifs à des « spectacles de l'identité ».
Elle conclut en appelant les médias à un effort de « déshypnose », en revenant à un commentaire plus factuel et moins soumis aux émotions collectives.



