Fabrice Gardel : « Bouvard, dernier héros de la culture populaire »
Fabrice Gardel : Bouvard, dernier héros de la culture populaire

Dans un entretien accordé à Nice Matin, le réalisateur Fabrice Gardel, auteur du documentaire « Les 1001 vies de Philippe Bouvard », revient sur la personnalité complexe de l'homme de médias disparu. Pour lui, la France a perdu « l'un des derniers héros de la culture populaire de qualité ». Le documentaire, qui retrace les multiples carrières de Bouvard, sera rediffusé sur Paris Première ce mercredi.

Un destin hors norme, de la pauvreté à la gloire

Fabrice Gardel, qui a consacré une série de documentaires à l'irrévérence (Jean Yanne, Thierry Le Luron, Jacques Martin, Sylvie Joly), a rencontré Philippe Bouvard dans cette optique. Ce qui l'a frappé chez lui, c'est « son courage » et sa capacité à « aller au bout de son destin ». Il rappelle que Bouvard était « un fils de pauvre », qu'il n'a pas connu son père, a porté l'étoile jaune pendant la guerre et se souvenait des bombardements. « Il s'est fait tout seul, il n'avait ni héritage financier, ni capital culturel », insiste le réalisateur.

Malgré des études peu brillantes, Bouvard « parlait comme un livre » et était « extrêmement doué, très curieux ». Le documentaire montre qu'il a connu « mille et une vies » : politique, théâtre, médias. Pour Fabrice Gardel, il est « le dernier géant de la radio ». Il a créé des marques durables comme « Les Grosses Têtes » et « Le Petit Théâtre de Bouvard ».

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Un caractère fort, des défauts assumés

Le réalisateur ne cache pas les défauts de son sujet : « On ne fait pas ça sans un caractère très fort et, au fond, très égoïste. Il avait un ego surdimensionné, il était de très mauvaise foi, il détestait qu'on le quitte. » Il ajoute : « Il adorait le pognon, il le disait d'ailleurs, il était pingre comme pas deux. » Bouvard était « dur, colérique » et passait peu de temps avec sa famille, mais il est allé « au bout de son idée, de son aventure ».

Le documentaire lui avait fait du bien, malgré tout. « Il ne voulait pas quitter la scène », observe Gardel. Lorsqu'ils sont venus le voir pour un 52 minutes, Bouvard a d'abord demandé « quel était son intérêt dans tout ça ». Il était cependant content de passer à la télévision et s'est déplacé à l'avant-première à Cannes, alors qu'il était « très affaibli ». « Ça l'avait stimulé, cette aventure », confie le réalisateur.

Un homme moderne, tolérant et irrévérencieux

Fabrice Gardel souligne la modernité de Bouvard : « C'était plutôt un type de droite, mais il était très tolérant avec tout le monde, y compris avec les gens de gauche. » Il raconte une anecdote : des représentants de la CGT débarquent dans son émission, et au lieu de les congédier, il leur dit : « Laissez-moi deux minutes, je termine avec mon invité, asseyez-vous, et on parlera de vos revendications ». Il appartenait à « une génération de gens qui faisaient ce qu'ils voulaient en direct ».

Interrogé sur l'absence d'héritiers, Gardel cite Laurent Ruquier, qui « a grandi avec Bouvard », mais estime que « avec la mort de Philippe Bouvard, on a perdu l'un des derniers héros de la culture populaire de qualité ». Il compare la culture populaire actuelle à Cyril Hanouna ou Radio Nova, où l'on est « dans l'opposition, la colère, la haine », alors que Bouvard avait créé « quelque chose d'homogène », une culture populaire où « tous les Français pouvaient se réunir ». Il conclut : « Bouvard était le chef d'orchestre d'un humour plus irrévérencieux, plus cinglant, mais paradoxalement moins méchant alors que la forme était parfois très crue. »

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