Une commission parlementaire historique sur l'audiovisuel public
Lancée en octobre 2025 pour une durée de six mois, la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public a déjà généré de vifs débats et de nombreuses polémiques. Composée de trente députés représentant tous les groupes politiques de l'Assemblée nationale, plus un député non inscrit, cette instance parlementaire se fixe des objectifs ambitieux.
Des finances publiques sous tension
La commission examine notamment les éventuels conflits d'intérêts et pressions politiques pouvant influencer les décisions, tout en évaluant la gestion des budgets alloués au secteur. La Cour des comptes a alerté sur la détérioration des résultats nets cumulés de France Télévisions, avec un déficit de 81 millions d'euros entre 2017 et 2024. L'institution financière met en garde contre un risque de situation financière tendue si des réformes structurelles ne sont pas rapidement mises en œuvre.
Un travail de transparence ou une instrumentalisation politique ?
Charles Alloncle, rapporteur de la commission et député du groupe UDR d'Éric Ciotti, se félicite de cette première commission d'enquête parlementaire dédiée à l'audiovisuel public. Il affirme vouloir mener « un travail de transparence au nom des Français » pour évaluer « l'utilisation de leurs impôts » et le respect de « l'obligation de neutralité ». Cependant, certains élus de gauche dénoncent une « instrumentalisation politique » de cette initiative.
Le face-à-face France Télévisions contre CNews
Début décembre, Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, a défendu avec fermeté sa gestion et la neutralité des programmes face aux critiques. Interpellée par l'élue RN Anne Sicard qui demandait « Qui trompe les Français, CNews qui assume sa ligne, ou France Télé ? », elle a répondu : « Je considère que nous ne faisons pas le même métier » que la chaîne propriété de Vincent Bolloré.
Concernant le financement, Delphine Ernotte Cunci a mis en avant les « efforts massifs » réalisés depuis son arrivée en 2015, tout en annonçant la nécessité de « revoir nos missions » en 2026, notamment les contrats avec le monde de la production. Le budget 2025 du groupe audiovisuel public prévoit déjà un déficit important, compensé par un plan d'économies d'environ 150 millions d'euros face à la baisse du financement public.
L'affaire Legrand-Cohen et les accusations contre Bolloré
À la mi-décembre, Patrick Cohen, journaliste de « C à vous », a accusé les médias de Vincent Bolloré d'employer des « méthodes de barbouzes » et dénoncé une « opération de propagande » dans leur traitement d'une vidéo le montrant avec Thomas Legrand et deux responsables socialistes. Il a révélé que CNews avait consacré 853 séquences à cette affaire entre le 6 et le 20 septembre, affirmant : « L'impartialité ne se mesure pas dans les bistrots, ni dans les chambres à coucher. Ou alors, c'est qu'on a basculé dans un autre régime politique. »
Rachida Dati et les accusations contre « Complément d'enquête »
Après plusieurs suspensions de la commission suite à divers incidents, Rachida Dati, ministre de la Culture, s'est présentée devant les députés. Elle a accusé l'émission « Complément d'enquête » d'avoir « proposé, via un tiers, auprès d'un membre de ma famille, de pouvoir le payer » pour obtenir des informations la concernant. Les responsables de l'émission ont catégoriquement réfuté ces accusations lors de leur audition.
Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons et président de la commission, a évoqué la possibilité de saisir la justice pour « faux témoignage » dans ce litige. Rachida Dati a réaffirmé que « l'audiovisuel public français devait être préservé » et assuré que « l'État prendra ses responsabilités » concernant les besoins en capitaux, tout en insistant sur « un impératif de réforme structurelle et d'organisation » et sur la nécessité d'une holding commune pour le secteur.
Les animateurs face aux interrogations politiques
Mardi, Samuel Etienne (« Questions pour un champion ») et Hugo Clément (« Quelle époque », « Sur le front ») ont eu des échanges tendus avec Charles Alloncle. Le député a reproché à Samuel Etienne ses prises de position contre « les idées du RN » sur Twitch, où il anime une revue de presse quotidienne. L'animateur a assumé de qualifier le Rassemblement National de « parti d'extrême droite ».
Charles Alloncle a également questionné l'engagement écologique d'Hugo Clément, établissant un lien entre ses positions contre l'élevage intensif de poulets et les récentes pénuries d'œufs en France. « Est-ce que je suis responsable de la pénurie d'œufs en France ? », a ironisé Hugo Clément, rappelant qu'il n'était pas salarié de France Télévisions.
Cette commission d'enquête, qui doit s'achever dans deux mois, continue de révéler les tensions profondes qui traversent l'audiovisuel public français, entre défis financiers, questions de neutralité et pressions politiques croissantes.



