CNews sanctionnée pour sa couverture de l'affaire de Crépol
L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a adressé une mise en demeure à la chaîne de télévision CNews concernant son traitement médiatique de l'affaire de Crépol, dans la Drôme. Cette décision, publiée mercredi au Journal officiel, vise quinze émissions diffusées en mars 2025, coïncidant avec la parution du livre Une nuit en France aux éditions Grasset, qui revient sur ce drame survenu en 2023 et ayant coûté la vie à un adolescent.
Un traitement jugé partial et univoque
Selon l'Arcom, la chaîne a abordé le drame de Crépol de manière univoque, avec des intervenants soutenant systématiquement et de façon péremptoire la thèse d'un meurtre raciste anti-blanc. Le régulateur souligne que les journalistes auteurs du livre avaient pourtant critiqué cette interprétation dans leur ouvrage, alors qu'elle était relayée par une partie de la classe politique et plusieurs médias.
Bien que la légitimité de la critique de l'ouvrage sur CNews ne soit pas remise en cause, l'Arcom estime que cette critique s'est accompagnée de commentaires unilatéraux présentant l'affaire comme un raid à caractère raciste, occultant selon la chaîne la vraie nature des événements, voire la justice elle-même. Le régulateur cite des passages spécifiques des émissions pour étayer son argumentation.
Une période resserrée et un manquement caractérisé
L'Arcom juge que la multiplication, sur une période resserrée, de séquences n'accréditant qu'une seule thèse sans aucune contradiction constitue un manquement de l'éditeur. Ceci est d'autant plus problématique que des interprétations contraires s'opposent et que la procédure judiciaire est toujours en cours.
Dans l'échelle des interventions de l'Arcom, la mise en demeure suit la mise en garde et peut déboucher sur une sanction financière en cas de nouveau non-respect des obligations. Cette mesure intervient après que Reporters sans frontières (RSF) a saisi le régulateur en octobre 2025, demandant des sanctions contre CNews, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. RSF faisait valoir que les auteurs du livre avaient subi une vague de harcèlement et de menaces, et ces derniers, Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon, avaient également saisi l'Arcom.
Contexte du drame de Crépol
En novembre 2023, des jeunes venus pour certains des quartiers populaires de Romans-sur-Isère se sont affrontés avec un groupe de jeunes de Crépol à l'issue d'un bal. Les premiers ont sorti des couteaux, blessant grièvement quatre personnes, dont Thomas, 16 ans, qui est décédé par la suite. Quatorze jeunes hommes, dont certains étaient mineurs à l'époque, ont été mis en examen, et tous nient avoir porté le coup mortel.
Cette mise en demeure s'ajoute à d'autres sanctions récentes contre CNews. Le 11 février 2026, l'Arcom a infligé des amendes totalisant 100 000 euros à la chaîne pour deux séquences diffusées à l'été 2025, pouvant inciter selon le régulateur à la discrimination des musulmans et des Algériens.



