Un témoignage accablant devant les députés
L'ancien journaliste de France Télévisions Jacques Cardoze a réglé ses comptes avec son ancien employeur lors de son audition devant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, mardi 31 mars 2026. Ce vétéran de 27 ans au sein du groupe public a livré un témoignage particulièrement critique, mettant en lumière ce qu'il considère comme des dérives inquiétantes.
Des accusations de partialité politique
Devant les députés, Jacques Cardoze a dénoncé avec force ce qu'il perçoit comme un manque de neutralité de la part de France Télévisions. L'homme de 56 ans estime que le groupe public adopte une ligne éditoriale excessivement "politisée", s'éloignant ainsi de sa mission de service public. Il a notamment cité l'exemple d'une émission sur la police raciste qui, selon lui, ne reposait que sur un seul cas avéré devant les tribunaux.
"Je trouvais que ça ne valait pas une émission", a-t-il déclaré, ajoutant que l'objectif semblait être de jouer sur des biais cognitifs plutôt que de présenter une information équilibrée. Cette critique intervient deux ans après son départ du groupe, mais Cardoze affirme que ces préoccupations étaient déjà présentes durant ses dernières années de service.
Des consignes éditoriales problématiques
Le témoignage le plus marquant concerne une révélation sous serment concernant une enquête spécifique. Jacques Cardoze a affirmé qu'une consigne avait été donnée par la direction de France Télévisions au rédacteur en chef Hugo Plagnard : réaliser une enquête à charge contre Jordan Berdella. Cette instruction aurait été formulée en ces termes : "Cette enquête-là, je n'ai pas le droit de la rater."
Particulièrement significatif : cette émission de "Complément d'enquête" a été diffusée seulement cinq mois avant les élections européennes de 2024, soulevant des questions sur d'éventuelles motivations politiques derrière ce traitement médiatique.
Des pratiques financières controversées
L'ancien journaliste a également évoqué des pratiques qu'il qualifie de "scandaleuses" concernant l'utilisation des fonds publics. Il a révélé avoir eu connaissance de l'existence d'accords de confidentialité financés par l'argent du contribuable dans certaines situations sensibles.
"Je le comprends pour le privé, pas avec l'argent public", a-t-il insisté devant les députés. Bien qu'il ait refusé d'entrer dans les détails pour protéger ses sources, Cardoze a posé une question fondamentale : "Peut-on imposer le silence sur certains faits ? Un service public fort doit être exemplaire. Mais surtout : il ne doit jamais craindre la vérité."
Un parcours professionnel mouvementé
Jacques Cardoze, qui a notamment présenté et dirigé des émissions phares comme "Envoyé Spécial" et "Complément d'enquête" durant ses 27 années chez France Télévisions, a également partagé ses déboires professionnels récents. Il a révélé qu'on lui avait promis en 2021 de retravailler avec le groupe comme indépendant, promesse qui ne fut jamais tenue.
Plus récemment, en 2023, après avoir travaillé quatre mois sur un projet, on lui aurait annoncé : "On prend l'émission... mais sans toi." Ces expériences personnelles viennent renforcer son analyse critique du fonctionnement interne de l'audiovisuel public.
Des réactions et une prise de position publique
Suite à son audition, Jacques Cardoze a publié un texte sur son réseau social X pour revenir sur les faits et préciser sa position. "Aujourd'hui, citoyens et journalistes me disent : 'Merci d'avoir parlé.' L'impartialité n'est pas le militantisme. Ni 's'attaquer aux puissants'", a-t-il écrit.
Son témoignage intervient dans le cadre d'une commission d'enquête parlementaire plus large sur France Télévisions, qui a également entendu d'autres figures médiatiques comme Michel Drucker et Patrick Sébastien. Ces auditions successives mettent en lumière les tensions et questionnements qui traversent actuellement l'audiovisuel public français.



