La série brésilienne « 3% », produite par Netflix, aborde de manière frontale les inégalités sociales qui fracturent le pays. Diffusée depuis 2016, elle a conquis un public international en proposant une dystopie où seuls 3% des jeunes sont sélectionnés pour rejoindre un monde d'abondance, appelé l'Autre Côté. Le reste de la population vit dans un bidonville continental, le Continent, où règnent pénurie et désespoir.
Un miroir des fractures brésiliennes
La série, créée par Pedro Aguilera, s'inspire directement de la réalité brésilienne. Le Brésil est l'un des pays les plus inégalitaires au monde, avec un coefficient de Gini de 0,53 en 2022 selon la Banque mondiale. Les 10% les plus riches détiennent près de 60% des richesses nationales, tandis que les 10% les plus pauvres se partagent moins de 1%. « 3% » transpose cette réalité dans un univers de science-fiction, où le test d'entrée pour l'Autre Côté devient une métaphore de la sélection sociale et de l'ascenseur social en panne.
Un succès planétaire
Diffusée dans plus de 190 pays, la série a été saluée pour sa capacité à mêler divertissement et critique sociale. Selon les données de Netflix, elle a figuré dans le top 10 des séries les plus regardées dans 30 pays lors de sa première saison. La créativité du scénario et la performance des acteurs, dont Bianca Comparato dans le rôle d'Élisa, ont été particulièrement remarquées. La série compte quatre saisons, conclues en 2020.
Un procédé narratif puissant
« 3% » utilise le format de la série pour ausculter les mécanismes de reproduction des inégalités. Chaque épisode suit les candidats lors d'épreuves éliminatoires, révélant leurs stratégies de survie et les compromissions morales. Les personnages sont issus de différentes classes sociales, illustrant comment le système favorise ceux qui ont déjà des privilèges. Le réalisateur Pedro Aguilera a déclaré : « Nous voulions montrer que le rêve méritocratique cache souvent une sélection darwinienne. »
Un impact sociétal
La série a suscité des débats au Brésil, notamment sur la télévision et les inégalités. Des enseignants ont utilisé des épisodes en classe pour discuter de justice sociale. Selon une enquête de l'Institut Datafolha en 2020, 68% des jeunes Brésiliens âgés de 18 à 24 ans estiment que le système actuel favorise les riches. « 3% » a contribué à populariser ces questions, en offrant une représentation puissante de l'exclusion.
Une dystopie réaliste
Le décor du Continent, un immense bidonville, a été conçu à partir de photographies de favelas de Rio de Janeiro et São Paulo. Les créateurs ont travaillé avec des consultants en urbanisme pour rendre l'univers crédible. L'Autre Côté, un paradis high-tech, symbolise l'opulence inatteignable pour la majorité. Cette opposition visuelle renforce le message politique de la série.
En conclusion, « 3% » reste une œuvre de référence pour comprendre les inégalités sociales via le prisme de la fiction. Sa diffusion internationale a permis de sensibiliser un large public aux défis brésiliens, tout en offrant un divertissement de qualité.



