L'Arcom sanctionne CNews pour sa couverture partiale de l'affaire de Crépol
Le régulateur des médias, l'Arcom, a formellement mis en demeure la chaîne de télévision CNews pour son traitement jugé "univoque" de l'affaire de Crépol dans la Drôme. Cette décision, publiée au Journal officiel ce mercredi 4 mars, concerne spécifiquement quinze émissions diffusées en mars 2025, coïncidant avec la parution du livre "Une nuit en France" aux éditions Grasset.
Un traitement médiatique jugé partial par le régulateur
Dans sa décision, l'Arcom estime que "le drame survenu à Crépol a été traité de manière univoque, les intervenants ayant systématiquement soutenu de manière péremptoire qu'il s'agirait d'un meurtre raciste" à caractère anti-blanc. Le régulateur souligne que cette interprétation, relayée par "une partie de la classe politique et plusieurs médias", a été vivement critiquée par les journalistes auteurs du livre dans leur ouvrage.
La légitimité de la critique du livre sur CNews n'est pas remise en cause, précise l'Arcom. Cependant, le régulateur constate que cette critique "s'est accompagnée de commentaires univoques de l'affaire, interprétée comme un raid à caractère raciste dont l'ouvrage et dans une certaine mesure la justice elle-même occulteraient la vraie nature".
Un manquement caractérisé selon l'Arcom
L'Arcom juge particulièrement problématique "la multiplication, sur une période resserrée, de séquences n'accréditant qu'une seule thèse sans aucune contradiction, alors même que des interprétations contraires s'opposent et que la procédure judiciaire est toujours en cours". Cette approche médiatique caractérise selon le régulateur "un manquement de l'éditeur".
Dans l'échelle des interventions de l'Arcom, la mise en demeure suit la mise en garde et peut déboucher sur une sanction financière en cas de nouveau non-respect des obligations. Cette procédure intervient alors que Reporters sans frontières (RSF) avait saisi l'Arcom en octobre dernier pour demander la sanction de la chaîne, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Contexte de l'affaire et précédentes sanctions
RSF faisait valoir que les auteurs du livre - Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon - avaient subi une "vague de harcèlement et de menaces" suite à leurs critiques. Ces journalistes avaient également saisi directement le régulateur pour dénoncer le traitement médiatique de l'affaire.
Rappelons les faits : en novembre 2023, des jeunes venus pour certains des quartiers populaires de Romans-sur-Isère s'étaient affrontés avec un groupe de jeunes de Crépol à l'issue d'un bal. Les premiers avaient sorti des couteaux et blessé grièvement quatre personnes, dont Thomas, 16 ans, qui est ensuite décédé. Quatorze jeunes hommes, pour certains mineurs à l'époque, ont été mis en examen, tous niant avoir porté le coup mortel.
Cette mise en demeure intervient peu après que l'Arcom a infligé des amendes totalisant 100 000 euros à CNews le 11 février dernier. Ces sanctions concernaient deux séquences diffusées à l'été 2025, pouvant inciter selon le régulateur à la discrimination des musulmans et des Algériens. L'affaire de Crépol s'inscrit donc dans un contexte de surveillance accrue des pratiques éditoriales de la chaîne par l'autorité de régulation.



