Un rapport alarmant sur la prolifération des contenus sexistes en ligne
L'Arcom, l'autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, a publié un rapport édifiant qui recense les propos et stéréotypes sexistes circulant massivement sur les grandes plateformes numériques. Le régulateur appelle à une coopération accrue pour modérer ces milliers de contenus problématiques, qu'ils soient illicites ou situés dans des zones grises juridiques.
Près de 20 000 messages sexistes identifiés en seulement cinq mois
Entre août et mi-décembre 2025, l'autorité a comptabilisé environ 19 600 messages écrits en français considérés comme potentiellement sexistes ou vecteurs de stéréotypes sexistes. Ces contenus ont été principalement repérés sur les plateformes X et YouTube, selon le rapport publié jeudi 12 mars 2026.
Des risques systémiques identifiés par l'intelligence artificielle
Ces messages, détectés grâce à des outils d'intelligence artificielle et aux signalements d'associations spécialisées, peuvent être illicites ou non. Même sans enfreindre directement la loi, ils peuvent générer des risques systémiques par leur accumulation, leur viralité ou leurs modalités de diffusion spécifiques. Ces risques correspondent à des effets négatifs réels ou prévisibles sur la société.
Les moteurs de recherche et les plateformes sont légalement tenus d'évaluer et d'atténuer ces risques dans l'Union européenne. Cependant, comme l'a souligné avec mesure Martin Ajdari, président de l'Arcom, lors d'une conférence tenue le 12 mars 2026, « le monde numérique se caractérise par une régulation naissante, des contenus innombrables » et « des acteurs qui ont une bonne volonté variable ».
Exemples concrets de contenus problématiques
Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom, a cité plusieurs exemples révélateurs, dont cette phrase trouvée sur les réseaux sociaux : « Laisser (sic) une totale liberté aux femmes et elles deviennent des putes sociopathes ». Elle a qualifié ce type de contenu de « gris », pouvant devenir particulièrement problématique en cas de répétition et de diffusion massive.
Le rapport met en lumière plusieurs thématiques principales où ces contenus sexistes prolifèrent :
- Masculinité et virilité exacerbées
- Antiféminisme et critique systématique des femmes progressistes
- Discours transphobes
- Contenus pornographiques problématiques
- Insultes sexistes directes
- Conseils de séduction basés sur des stéréotypes
- Stéréotypes genrés associés à la nationalité et au racisme
Une banalisation inquiétante du sexisme en ligne
Contrairement aux idées reçues, ces contenus sexistes ne sont pas uniquement produits par des hommes. L'analyse révèle que 42 % des messages ont été publiés par des comptes dont le détenteur se déclare être un homme, 32 % par des comptes de femmes et 26 % par des comptes sans information sur le genre.
Cette répartition démontre que les stéréotypes et injures sexistes « circulent largement comme des formes d'expression banalisées dans les échanges numériques », selon les conclusions de l'Arcom. Cette normalisation du discours sexiste représente un défi majeur pour les régulateurs et les plateformes.
Vers une meilleure coopération et modération
L'autorité indépendante souhaite désormais aider les plateformes à faciliter l'identification des contenus porteurs de risques, tout en préservant soigneusement la liberté d'expression. L'Arcom « encourage une meilleure coopération entre plateformes et autorités afin de partager les bonnes pratiques de modération » et, le cas échéant, de traiter efficacement les « contenus manifestement illicites ».
Une représentation féminine encore insuffisante dans les médias
Parallèlement à ce rapport sur les contenus en ligne, l'Arcom a publié mercredi 11 mars 2026 son rapport annuel sur la représentation des femmes à la télévision et à la radio. Bien que des « progrès très notables sur le temps long » soient observés selon Martin Ajdari, des disparités significatives persistent.
L'autorité s'est concentrée sur les programmes d'information diffusés entre mi-2024 et mi-2025, où la part de femmes à l'antenne s'élève à 39 %, soit quatre points de plus qu'il y a dix ans. Cependant, les femmes restent moins entendues (37 % des paroles prononcées) et moins mentionnées (31 %) que les hommes.
L'Arcom demande donc aux médias de veiller attentivement à la mixité hors plateau, d'être « attentif à la représentation des femmes dans les rôles substantiels » et également de celles cumulant plusieurs facteurs de discrimination, comme les situations de handicap.



