Émile Zola et sa passion tardive pour la bicyclette
La chronique du magazine « Week-End » de « Sud Ouest », signée par Beata Umubyeyi Mairesse, autrice franco-rwandaise, révèle un aspect méconnu de la vie d'Émile Zola. Alors que le cycle des Rougon-Macquart, avec ses vingt romans publiés entre 1871 et 1893 et ses héroïnes inoubliables comme Gervaise, Nana ou la Maheude, est passé à la postérité, beaucoup ignorent que Zola a ensuite entrepris deux autres cycles littéraires.
Les cycles méconnus de Zola
Après les Rougon-Macquart, Émile Zola a publié le cycle des trois villes, consacré à la religion avec Lourdes, Rome et Paris. Puis, il a entamé un projet ambitieux intitulé « Quatre Évangiles », qui devait comprendre quatre ouvrages engagés : Fécondité, Travail, Vérité et Justice. Malheureusement, l'auteur est mort avant de pouvoir le terminer. Seuls les deux premiers ont été publiés de son vivant, le troisième est paru à titre posthume, et le dernier est resté à l'état d'ébauche.
Le roman cycliste inachevé : « Le Cycle »
C'est également le cas d'un autre ouvrage longtemps annoncé mais qui ne vit jamais le jour : « Le Cycle ». Dans ce roman, Zola voulait matérialiser son amour tardif de la bicyclette, une passion qui le prit à plus de 50 ans. Les raisons initiales étaient fort triviales : perdre du poids. Cependant, on découvrirait plus tard que ses promenades quotidiennes à vélo servaient aussi de prétexte pour rendre visite à sa maîtresse, installée avec leurs deux enfants à quelques kilomètres de son domicile de Médan.
Zola, chantre du vélo
Quelle que soit la raison de ses déplacements, très vite, Zola devient un ardent défenseur du vélo. Il en clame les vertus dans plusieurs textes courts, comme ses « Impressions de bicycliste » : « Pour nous autres, noircisseurs de papier, cerveaux encombrés de phrases, rien n'est plus sain que d'oublier le métier ; et la bicyclette, c'est l'oubli total, c'est la fuite dans la continuelle préoccupation de l'équilibre, même devenue inconsciente. Je reviens de mes quinze à vingt kilomètres totalement rafraîchi, le cerveau comme nettoyé, remis à neuf pour le lendemain. »
Un projet littéraire avorté
Les heures passées sur sa Souplette, son vélo, auraient-elles pu lui inspirer le grand roman vélocipédique naturaliste et populaire du début du XXe siècle ? On ne le saura jamais. Zola a subitement crevé ce cycle-là, avant de l'avoir écrit. Ainsi, « Le Cycle » est resté un projet inachevé, témoignant de la passion secrète de l'auteur pour la bicyclette, un aspect souvent occulté par son œuvre monumentale.



