Sophie Nahum présente 'Les Derniers' à Villeneuve-sur-Lot pour perpétuer la mémoire de la Shoah
Sophie Nahum présente 'Les Derniers' sur la Shoah à Villeneuve-sur-Lot

Sophie Nahum présente 'Les Derniers' à Villeneuve-sur-Lot pour honorer la mémoire des survivants de la Shoah

La réalisatrice Sophie Nahum, qui a recueilli de nombreux témoignages d'anciens déportés survivants de la Shoah, est attendue ce vendredi au centre culturel de Villeneuve-sur-Lot. Elle va présenter, ce vendredi soir 6 février, son projet réalisé avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Elle est l'invitée dans le cadre de l'opération la Saison de la mémoire, qui met cette année en avant les femmes dans la Résistance.

La genèse du projet 'Les Derniers'

Comment est née l'envie de réaliser 'Les Derniers', cette série d'entretiens avec d'anciens déportés survivants de la Shoah ? C'est multifactoriel. J'ai réalisé et produit en 2015 'Young et moi', sur l'histoire d'un boxeur déporté à Auschwitz. Je ne suis pas descendante de déporté, mais j'ai rencontré à cette occasion Jacques Altmann. Je me suis questionnée, pour savoir comment l'aborder. Il m'a très vite mise à l'aise. Il était très sympa, et même drôle. Il m'a raconté la guerre et sa vie après. Je me suis rendue compte que l'on mettait rarement en valeur l'après. Le courage et l'élégance de ces gens m'ont marqué. Dans une société victimaire, cette notion de gens qui ont construit une vie avec autant de dignité, après tout ce qu'ils ont vécu, méritait selon moi d'être mise en valeur. Il avait près de 90 ans. Je me suis dit qu'il était près d'être l'un des derniers survivants et qu'il était important de créer des liens entre eux et la nouvelle génération.

L'urgence de la transmission face à l'oubli

L'oubli gagne, selon vous ? Les manuels scolaires ne suffisent pas ? Les manuels ne suffisent pas non, et oui, l'oubli est en train de gagner du terrain. Mon objectif était de réaliser des portraits très accessibles aux jeunes, compacts, accessibles via les réseaux sociaux. Afin qu'il les 'binge', les enchaîne afin que ce soit plus simple à regarder qu'un documentaire d'un trait. Car l'histoire est déjà en train de s'éloigner. On dit que beaucoup de jeunes n'ont jamais entendu parler de la Shoah. C'est pourtant difficile de passer à côté. Le plus grave est que la transmission de ce qui est à retenir n'a pas fonctionné. Quand j'ai commencé, il y a dix ans, à recueillir leurs témoignages, ils me disaient la peur et leur effroi de constater que la haine existe toujours. Ils ont témoigné à partir des années 90 et se disent 'Tout ça pour ça' ? C'était un moteur pour moi. Je n'ai jamais prétendu que mon projet est un remède, mais ils méritaient d'être valorisés.

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Les résonances des événements récents

Quelle résonance ont eu chez vous et chez les anciens déportés que vous côtoyez les attaques du 7 octobre en Israël ? À la fois une violence et un effroi inouïs. Je ne peux pas dire l'état dans lequel ça les a mis. Cela fait des années qu'ils prévenaient. Ce n'était donc pas un étonnement. N'oublions pas qu'en 2012, on a tué des enfants dans une école [Mohamed Merah à l'école Ozar Hatorah de Toulouse, NDLR] et qu'on n'est pas descendu dans la rue. L'échec du devoir de mémoire était déjà palpable. Les événements du 7 octobre ont fait remonter chez eux une peur atroce. Mais rationnellement parlant, ça ne les a pas surpris. Des années avant, en 2014, Lucette (1) qui habitait le IXe arrondissement, me racontait avoir entendu un cortège dans la rue dans lequel on entendait 'Mort aux Juifs'. Elle m'a raconté à quel point cela lui avait fait du mal, mais que le plus douloureux, pour elle, avait été de voir que tout le monde a laissé faire. Aujourd'hui, le problème reste intact. Sur les réseaux sociaux, c'était déjà compliqué avant. C'est devenu un cauchemar. Les gens sont contents de nous dire 'Vous êtes pareil', 'Vous méritiez votre sort'. La Shoah avait servi de chape de plomb pendant 80 ans. Elle a sauté.

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Un échange avec le public et l'impact des témoignages

Vous êtes invitée dans le cadre des 'Saisons de la mémoire', rendez-vous organisé par la Ville. Un temps d'échange avec le public est prévu. Comment ressort-il d'ordinaire après avoir vu vos entretiens ? Là, ce sera le long-métrage. Pour les 80 ans de la découverte du camp d'Auschwitz, le 27 janvier 2025, j'ai rassemblé les 28 témoins, les 28 derniers d'Auschwitz filmés pendant ma collecte. C'est un récit choral, des témoignages croisés où l'on suit le parcours, de l'arrestation à aujourd'hui, d'un déporté. Le rythme n'est pas plombant mais ça raconte que ça raconte… Ce n'est pas très facile. Les gens, ça les touche. Beaucoup de descendants de déportés me disent : 'C'est la première fois que j'ai l'impression d'être avec eux, de faire le parcours avec eux'. Je pense, en effet, que l'on est bien avec eux. Mon objectif était de raconter de la manière la plus simple, la plus proche, comment cela se passait : le tri, le tatouage… Et l'après aussi : comment on se reconstruit, est-ce que l'on fait des enfants ? (1) Lucette Gejzenblozen est décédée en 2018. À 20 heures au centre culturel. Entrée gratuite. Réservation conseillée par téléphone au 05 53 41 51 92.