Lisel Merello, enseignante en lettres classiques et romancière, publie Les Passeurs de Nuages, un roman de 700 pages en autoédition qui rend hommage au réseau Marcel. Entre 1942 et 1944, dans les Alpes-Maritimes, Odette et Moussa Abadi sauvèrent 527 enfants juifs de la déportation, avec l'appui du diocèse catholique et de deux pasteurs protestants.
Un choix délibéré de la fiction
« La plupart des ouvrages sur le réseau ont une approche documentaire. Je trouve que l'essentiel, c'est l'émotion », explique Lisel Merello. Son livre tente d'analyser ce qu'ont pu ressentir les enfants, les familles d'accueil et le couple Abadi, dans tout leur courage et leur faiblesse, leurs espoirs et leur détresse. « Quand on retrace le parcours de ces petits qui ont désappris leur prénom et leur histoire, il y a quelque chose de romanesque. »
Une légitimité acquise auprès des survivants
« Je n'avais pas le droit à l'erreur : cette mémoire est encore vive », confie la romancière. Pour valider son travail, elle a contacté Andrée Poch-Karsenti, présidente de l'association Les Amis et enfants Abadi et l'une des dernières survivantes des enfants cachés. « Elle m'a dit que c'était très important qu'il y ait plusieurs regards, qu'on puisse perpétuer la mémoire de façon différente. Elle m'a aussi conseillé de mettre des pseudos pour les enfants. »
L'histoire d'amour au cœur du récit
La relation entre Odette et Moussa Abadi est centrale dans le roman. Leur vie privée étant peu documentée, Lisel Merello s'est appuyée sur des témoignages pour imaginer plausiblement leur relation. « Dix ans après la guerre, après le retour d'Auschwitz d'Odette, ils se sont mariés ! Leur histoire d'amour passionnelle a survécu à l'indicible. »
Combler les zones d'ombre sans trahir l'histoire
Pour écrire les passages imaginés, l'autrice a consulté des ouvrages historiques et des fonds d'archives, notamment celui de Yad Vashem, et bénéficié de la relecture du professeur Ralph Schor. « Il s'est écoulé près de 40 ans avant que le couple ne finisse par témoigner », rappelle-t-elle.
Un plaidoyer pour la mémoire
« Le devoir de mémoire me semble plus essentiel que jamais », insiste Lisel Merello, qui déplore que son livre n'ait pas trouvé d'éditeur. « Qui est prêt à lire 700 pages sur un sujet aussi sombre ? » Son ouvrage lance aussi une alerte : « Des centaines de milliers d'enfants continuent de souffrir, en Ukraine, à Gaza, au Soudan. À notre échelle, comme l'ont fait Moussa et Odette, ne nous résignons jamais. »



