Salons du livre vs réseaux sociaux : la cohabitation est-elle possible ?
Salons du livre vs réseaux sociaux : cohabitation possible ?

Salons du livre vs réseaux sociaux : la cohabitation est-elle possible ?

À l'ère des hashtags #Booktok, des clubs de lecture virtuels et des stratégies de promotion 2.0, les salons du livre traditionnels conservent-ils leur légitimité ? Cette question cruciale a été au cœur des échanges lors du Salon des auteurs francophones qui s'est tenu à Menton, dans la salle Katherine Mansfield, le samedi 28 mars. Organisé par la Maison de la Francophonie Côte d'Azur, cet événement a rassemblé une cinquantaine d'auteurs venus de Suisse, d'Italie, de Monaco et de la région PACA, créant un espace de rencontre privilégié entre écrivains et lecteurs passionnés.

Un espace de rencontre unique entre auteurs et lecteurs

Le salon de Menton a offert aux visiteurs une expérience littéraire complète, mêlant séances de dédicaces personnalisées, mini-conférences intimistes et deux expositions photographiques remarquables. L'une, signée Hervé Claude Pierre, était consacrée à la Syrie, tandis que l'autre présentait les œuvres issues du concours « 10 mots, 10 moi » autour de la Francophonie. Rita Karim Paoli, présidente de l'organisation, a confirmé le caractère itinérant de ce salon, évoquant déjà une ou deux pistes pour les prochaines éditions, bien que rien ne soit encore officiellement arrêté.

Les auteurs défendent la singularité des rencontres physiques

Pour Ophélie Faline, autrice de fantasy, la valeur des salons du livre réside dans leur capacité à célébrer l'objet livre dans sa matérialité. « Il y a encore beaucoup d'amoureux des livres papiers. En fantasy, on apprécie particulièrement les beaux objets, les éditions soignées », explique-t-elle. Alice Sola, quant à elle, insiste sur la dimension humaine irremplaçable de ces rencontres. « Les réseaux sociaux permettent une diffusion plus large, c'est indéniable, mais rien ne peut remplacer le contact direct avec l'auteur, les discussions spontanées, les questions qui surgissent dans l'instant », affirme-t-elle avec conviction.

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Les inquiétudes des auteurs plus âgés face à l'ère numérique

Le bureau des Plumes des Riviera, représenté par Didier Aubourg, Bernard Laboureau et Thierry Thevenet, exprime des réserves plus marquées face à l'influence des plateformes comme TikTok. « Les gens viennent moins aux salons, ils lisent beaucoup moins. Même à Monaco, la tendance est la même », constatent-ils avec une certaine amertume. Bernard Laboureau ajoute avec humour : « Je pensais même que j'allais me mettre au tricot... » Pour ces auteurs, TikTok représente un espace qui « empêche de réfléchir » et où « la communication devient de plus en plus primaire, donc violente ».

Une vision plus nuancée et optimiste

Maddy, romancière et secrétaire de la Maison de la Francophonie Côte d'Azur, apporte une perspective différente, plus pragmatique. Elle rappelle d'ailleurs que l'idée même de ce salon est née d'une boutade lancée sur un groupe Facebook d'auteurs, démontrant ainsi que les réseaux sociaux peuvent aussi être des leviers de mobilisation littéraire. « J'aime beaucoup les outils 2.0. Ils permettent de faire circuler l'information rapidement, d'être hyper réactif », souligne-t-elle. Cependant, elle reconnaît que « les salons du livre ne sont pas d'actualité » au sens traditionnel, face à la lecture numérique, la livraison à domicile et la surabondance de l'offre sur des plateformes comme KDP.

Vers une nécessaire évolution et adaptation

Le constat qui émerge de ces témoignages divers est clair : les salons du livre conservent une pertinence certaine, mais leur survie dans le paysage littéraire contemporain passe par une adaptation aux nouveaux usages. Pour continuer à exister face à la domination des réseaux sociaux, ces événements doivent apprendre à parler le langage numérique, à se rendre visibles sur les plateformes 2.0 et surtout à raconter leur histoire de manière moderne. La coexistence entre salons traditionnels et outils numériques est possible, à condition d'opérer une mue profonde et d'accepter de rajeunir le monde du livre. Cette évolution, bien que complexe, apparaît désormais comme incontournable pour préserver la richesse des échanges littéraires en chair et en os.

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