Une Poignée de vent : le roman poignant d'une exilée iranienne sur la mémoire et la résistance
Roman d'une exilée iranienne : mémoire et résistance contre le régime

Une Poignée de vent : le cri d'une exilée iranienne pour la mémoire et la liberté

Mes parents ont quitté l'Iran pour poursuivre leurs études en Suède, deux années avant le déclenchement de la révolution. En 1978, mon père est retourné dans son pays natal pour participer activement au mouvement révolutionnaire. Athée convaincu, il a rapidement compris qu'il ne pourrait pas élever ses enfants dans cette nation en pleine transformation idéologique.

Le traumatisme familial et la grève de la faim

En 1988, le régime iranien a perpétré l'assassinat massif de milliers de prisonniers politiques. En réponse à ces atrocités, mon père, aux côtés de nombreux autres exilés iraniens, a entrepris une longue et douloureuse grève de la faim à Stockholm. Je n'avais que cinq ans à cette époque, mais je me souviens parfaitement de son visage décharné, méconnaissable. Il fumait tellement qu'il avait commencé à cracher du sang, un spectacle terrifiant pour une enfant.

Un roman dédié aux victimes oubliées

Mon roman, Une Poignée de vent, est dédié aux victimes de ces massacres que mon père a courageusement dénoncés. Leurs tombes restent anonymes, et leurs familles n'ont aucun lieu où pleurer leurs disparus. C'est une manière si vulgaire, si brutale de traiter son propre peuple. En janvier dernier, l'Iran a creusé de nouvelles fosses communes pour de nouvelles victimes, perpétuant ce cycle de violence.

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On juge souvent le niveau de civilisation d'un peuple à sa manière de traiter ses morts. En Iran, les corps disparaissent, encore et encore, effaçant toute trace de leur existence et de leur souffrance.

La sortie du roman et le mouvement Femme, Vie, Liberté

Une Poignée de vent est sorti en Suède en 2022, un mois seulement après le meurtre tragique de Mahsa Amini, au cœur du mouvement Femme, Vie, Liberté. À ce moment crucial, le corps des femmes est devenu un symbole politique majeur de résistance. Cependant, la violence du régime iranien à l'encontre des femmes ne date pas d'hier.

La première mesure que les islamistes ont imposée après leur prise de pouvoir a été le port obligatoire du hidjab, marquant le début d'une oppression systématique.

Les femmes prises en étau et contraintes à l'exil

Mon roman commence en 1978, une période où les femmes étaient prises en étau entre différentes forces. D'un côté, les hommes de la gauche radicale ne se souciaient guère de féminisme, encore euphoriques après la chute du Shah au printemps 1979. Les femmes ont été les premières à comprendre que la révolution allait leur être confisquée.

L'interdiction du viol conjugal, le droit à l'IVG... tous ces acquis ont été annulés très rapidement. Lorsqu'elles ont tenté de protester, les féministes occidentales les regardaient de haut, les laissant sans soutien. Elles n'ont finalement eu d'autre choix que l'exil, une plaie béante pour le peuple iranien.

L'exil : une tragédie qui arrache tout

Dans certains chapitres, je me suis glissée dans la peau du Shah après sa chute, le dépeignant comme un Don Quichotte moderne combattant des moulins imaginaires. Nixon l'appelait « l'homme le plus triste du monde ». Vaincu, exilé, malade, il est mort sans jamais revoir l'Iran, tenant seulement à sa foi religieuse et à sa famille brisée.

Deux de ses enfants sont décédés, illustrant parfaitement la tragédie typique de l'exil iranien : celui qui vous arrache tout, laissant les enfants hériter du chagrin de leurs parents.

Entre espoir et angoisse : l'avenir incertain de l'Iran

Aujourd'hui, mon état d'esprit oscille entre un immense espoir et une vaste angoisse. La disparition prochaine du guide suprême ouvre une brèche potentielle, mais l'opposition a été largement détruite. Que va-t-il se passer maintenant ? Les Iraniens aiment profondément la vie, l'art et la liberté.

Je rêve d'une démocratie laïque, d'une séparation totale de la religion et de l'État. Surtout, je rêve de pouvoir enfin me rendre en Iran. Mon père dit souvent que ma sœur et moi irons là-bas pour répandre ses cendres. Nous lui répondons toujours : « Non, Papa. Nous irons en Iran avec toi. »

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Une Poignée de vent, de Negar Naseh, traduit du suédois par Anna Gibson (Hachette Fictions, « La Belle étoile », 304 pages, 22,90 €).