Éric Elmosnino : "La solitude sur un plateau est d'une grande violence"
Éric Elmosnino : la solitude au théâtre est violente

Le comédien Éric Elmosnino est sur scène dans Stella Maris, une création de Georges Lavaudant présentée au Printemps des Comédiens à Montpellier. Ce spectacle, qualifié de "rêverie littéraire", explore l'œuvre de l'écrivain chilien Roberto Bolaño, figure culte de la littérature latino-américaine, à travers un voyage scénique mêlant souvenirs, mélancolie, humour et littérature contemporaine.

Pourquoi ce projet autour de Bolaño ?

Interrogé sur son engagement, Éric Elmosnino explique : "Nous terminions la tournée du Misanthrope créé à Montpellier et nous avions envie de retravailler ensemble. Éric Bart, le directeur du festival, avait vu un spectacle magnifique au Chili sur Bolaño. Il a proposé à Georges Lavaudant de créer quelque chose à partir de cet auteur. Il nous en a parlé à Mélodie Richard et à moi, et nous avons accepté sans hésiter."

L'acteur avoue ne pas connaître l'œuvre de Bolaño avant ce projet : "J'étais totalement ignorant. Je pensais même qu'il s'agissait d'un auteur confidentiel, avant de découvrir qu'il était une véritable figure culte de la littérature contemporaine."

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Une "rêverie littéraire" difficile à définir

Pour Éric Elmosnino, le terme de "rêverie littéraire" est juste : "Cela ressemble beaucoup à ce que Georges aime faire. Il installe une ambiance, crée un univers dans lequel chacun peut projeter sa propre histoire. Le spectacle prend comme point de départ un camping abandonné nommé Estrella del Mar, un lieu hanté par les souvenirs, où l'on revient pour évoquer des événements passés, des rencontres, des femmes aimées. Ce décor devient un point d'appui pour faire entendre l'œuvre de Bolaño."

Les acteurs, composantes de la mise en scène

Lavaudant évoque un "théâtre de l'écoute et de la rêverie". Elmosnino précise : "C'est très lié à son univers visuel et sonore, aux lumières, à la musique. Nous, les acteurs, sommes une composante de cet ensemble. Le plus complexe a été de tracer un fil conducteur. J'incarne une sorte de double de Bolaño, tandis que Mélodie Richard fait revivre les figures féminines de ses romans. La poésie chilienne, une fois traduite, me demande d'accepter de lâcher prise, de m'ouvrir au lyrisme sans basculer dans l'excès."

Pourquoi ne pas avoir fait un seul-en-scène ?

Le projet aurait pu être un seul-en-scène, mais Elmosnino a tenu à la présence de Mélodie Richard : "Sa présence change tout. C'est une actrice extraordinaire avec qui j'ai ressenti une connexion rare et immédiate dès Le Misanthrope. La solitude absolue sur un plateau est une expérience d'une grande violence, que j'ai déjà vécue deux fois. Je comprends ce que certains acteurs viennent y chercher, cette immense gratification de tenir un public seul pendant une heure et demie. Mais le coût psychologique – le trac, l'angoisse, la solitude dans la loge – dépasse de loin le plaisir artistique."

Il ajoute en riant : "Je ne suis pas Fabrice Luchini. Je le respecte beaucoup, mais ce n'est pas mon truc."

Humour et mélancolie

Georges Lavaudant dit avoir pensé à Elmosnino pour son mélange d'humour et de mélancolie. L'acteur confirme : "La mélancolie est une compagne de route depuis toujours. Quant à l'humour, j'espère que nous réussirons à insuffler celui de Bolaño. Georges dit en souriant qu'il met en scène un requiem, et la pièce est très crépusculaire. Mais Bolaño possédait un humour désespéré formidable, une ironie mordante face à sa propre finitude, puisqu'il se savait condamné par la maladie. C'est cette nuance complexe, entre gravité et ironie, que je cherche à faire éclater sur scène."

Écrire contre le temps

La pièce évoque un écrivain qui se sait condamné et qui écrit contre le temps. Elmosnino est marqué par cette dimension : "Cette lucidité face à la mort me bouleverse. Nous sommes tous confrontés à cette question, et plus le temps passe, plus elle devient concrète. Que fait-on de sa vie lorsqu'on apprend que le temps est compté ? Comment continue-t-on à vivre, à créer, à aimer ? Je ne sais pas répondre, mais ces questions traversent fortement ce spectacle et résonnent en moi."

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Le plaisir des festivals

Interrogé sur sa présence au Printemps des Comédiens, Elmosnino confie : "J'aime passionnément cette effervescence, même si c'est ma toute première fois ici. Comme beaucoup d'acteurs, j'ai surtout arpenté Avignon. Un festival peut être exaltant, même s'il peut parfois se montrer rude avec les artistes. Mais ce que je retiens, c'est ce moment où des centaines de personnes se retrouvent autour du même amour du théâtre. Tant que cette envie de partager des histoires existe, je trouve cela très rassurant."

Stella Maris est à voir au Théâtre d'O, Montpellier, les mercredi 10 et jeudi 11 juin à 21h, vendredi 12 et samedi 13 juin à 19h. Tarifs : 10 à 30 €.