À Nice, un éditeur dépose 10 000 livres pour les passants
Nice : 10 000 livres offerts aux passants par un éditeur

Jusqu'en décembre, Anthony Lachegar, enseignant en droit et éditeur niçois, dépose chaque jour des livres sur des capots de voiture, des bancs et des arrêts de bus à Nice. Son objectif : offrir 10 000 ouvrages à des inconnus. L'opération vise à faire lever la tête des passants de leur téléphone et à encourager les habitants, puis d'autres villes, à prendre le relais.

Un « geste poétique » et « politique »

Anthony Lachegar, également critique littéraire sur Instagram et éditeur aux éditions Antilope à Paris, décrit cette initiative comme un « geste poétique » et même « politique ». Selon lui, il s'agit de donner accès à la littérature à ceux qui ne vont pas la chercher, et de faire sortir les passants de leur écran. Il espère que les Niçois, puis d'autres villes, s'inspireront de sa démarche.

Des livres pris en quelques minutes

Le test est déjà en partie concluant. Après chaque dépôt, Anthony Lachegar s'éloigne d'une centaine de mètres et observe. Les livres seraient pris en cinq à six minutes, et aucun ne resterait plus de 24 heures. « Il y a une demande », déduit-il dans un sourire. Cependant, il reconnaît un frein psychologique : face à un livre abandonné sur un banc, le premier réflexe est souvent de penser qu'il a été oublié, ou qu'on n'a pas le droit d'y toucher. « On a l'impression que prendre un livre sur un banc, c'est presque du vol », admet-il, avant de rappeler que ce n'en est pas un.

Une idée née dans le tramway

L'idée de cette opération est née dans le tramway, en remarquant que les livres y étaient très rares. « Par le prisme du livre », Anthony voudrait que les passants relèvent les yeux et regardent leur ville, son architecture, les trajets du quotidien, plutôt que l'écran de leur téléphone. Il invite également les Niçois à en faire autant avec les livres qu'ils ont déjà lus, évoquant « une sorte de recyclage ». Il déplore que des livres soient jetés chaque dimanche dans un conteneur à papier près de chez lui, une « mort de la culture » à ses yeux, alors que des prisons ou des maisons de retraite en manquent.

Une ambition nationale

Son ambition dépasse Nice : il espère que son idée sera reprise « dans toutes les villes de France ». Pour éviter le phénomène du « dépôt sauvage », il ne pose qu'un livre à la fois. Si personne ne le prend, il s'en accommode : « Je n'ai rien à vendre. Le plus important, c'est le geste de le prendre. Certains posent des cailloux, moi je pose des livres. »