Dans les mangas d'action, les personnages masculins arborent souvent des musculatures démesurées, des pectoraux saillants aux biceps gonflés à l'extrême. Cette caractéristique visuelle n'est pas le fruit du hasard : elle répond à des impératifs narratifs et à une tradition esthétique héritée du bodybuilding et de la culture physique japonaise.
Une tradition héritée du bodybuilding
L'influence du culturisme sur le manga est ancienne. Dès les années 1960, des auteurs comme Kenzo ou Go Nagai s'inspirent des physiques sculptés des athlètes de compétition. Le mangaka Hiroshi Hirata, connu pour ses récits de samouraïs, dessinait des corps aux muscles exagérément dessinés, influencé par les photos de bodybuilders américains. Selon l'historien du manga Jean-Marie Bouissou, « le corps musclé est devenu un signe de virilité et de puissance dans la culture populaire japonaise, en particulier après la Seconde Guerre mondiale ».
Un outil narratif pour symboliser la force
Dans les mangas d'action comme Dragon Ball, One Piece ou Berserk, les muscles proéminents servent à visualiser la progression des personnages. Plus un héros s'entraîne, plus ses muscles se développent, devenant un indicateur visuel de sa puissance. Akira Toriyama, créateur de Dragon Ball, a expliqué dans une interview que « les transformations musculaires de Goku permettent au lecteur de comprendre immédiatement qu'il a franchi un cap ».
Un phénomène amplifié par le numérique
Avec l'essor du dessin numérique, les détails musculaires sont devenus plus faciles à réaliser. Les logiciels de dessin permettent d'ajouter des ombres et des reliefs avec une précision accrue, rendant les muscles encore plus saillants. Selon une étude de l'université de Tokyo publiée en 2022, 78 % des mangas d'action publiés entre 2010 et 2020 présentent des personnages masculins avec une musculature « hyper-développée », contre 45 % dans les années 1990.
Une critique de l'hyper-masculinité
Certains auteurs contemporains remettent en question cette tendance. Dans Mob Psycho 100, ONE propose un héros au physique ordinaire, tandis que les antagonistes musclés sont souvent ridiculisés. Le mangaka Junji Ito utilise également des corps disproportionnés pour créer un sentiment d'horreur. Ces exemples montrent que le muscle peut aussi être un outil de subversion.
Un marché mondialisé
L'exportation des mangas a contribué à diffuser ce canon esthétique. En France, où le manga représente plus de 50 % du marché de la bande dessinée en 2025, les lecteurs sont habitués à ces physiques hypertrophiés. Les éditeurs adaptent même parfois les couvertures pour les marchés occidentaux en accentuant les muscles, comme le rapporte Livres Hebdo.
Conclusion
Les muscles proéminents dans les mangas d'action sont donc le résultat d'une convergence entre tradition culturelle, nécessité narrative et évolutions techniques. Si ce code est aujourd'hui dominant, il n'en reste pas moins un choix stylistique qui peut être détourné ou critiqué par certains auteurs.



