Mort d'Alfredo Bryce Echenique, le plus Péruvien des écrivains parisiens
L'écrivain péruvien Alfredo Bryce Echenique, l'un des plus grands représentants de la littérature latino-américaine, est décédé à l'âge de 87 ans. Notre camarade Didier Jacob l'avait rencontré en 2003. Nous republions son article.
Une vie entre le Pérou et Paris
Alfredo Bryce-Echenique a débarqué à Dunkerque le 24 octobre 1964, à bord d'un cargo péruvien transportant du cuivre, pour aussitôt faire route vers Paris. « Je me suis installé dans le quartier Latin, rue de l'Ecole-Polytechnique. J'ai toujours vécu dans les parages, à la Contrescarpe ou rue de Navarre. » Ce Péruvien du Boul'Mich a passé près de vingt ans en France, enseignant à Nanterre en 1968, puis à Vincennes et Montpellier, avant de s'égarder entre Lima et Barcelone, comme s'il cherchait toujours une rive gauche quelque part.
Des passions littéraires profondes
Né de père banquier et de mère lectrice, Alfredo a suivi avec sa sœur aînée des cours de français dispensés à domicile. Il s'est enthousiasmé pour Nathalie Sarraute ou Marguerite Duras, à une époque où, en France même, on se bornait encore à les admirer prudemment. « J'ai hérité, à la mort de mon grand-père, de sa bibliothèque. Il y avait tout Maeterlinck, tout Hugo. Puis j'ai lu Sartre et Camus, et préféré le second contrairement à mon camarade Vargas Llosa qui, lui, prônait l'engagement sartrien. »
Influences et rencontres marquantes
Bryce-Echenique évoque dans son « Guide triste de Paris » les séducteurs sans femmes et les romanciers sans romans, les rues à crottes de chien et les immeubles à concierges terrorisantes. Il cite Michel Constantin et « la Fiancée du pirate », le grand film de 1968, Reggiani, Brassens et Petrucciani. Il boit sans fin, au goulot du souvenir, les beautés du Paris évanoui. Son œuvre reste un témoignage poignant de son amour pour la ville lumière et la littérature.
Par Didier Jacob, article paru dans « Le Nouvel Observateur » du 24 décembre 2003.



