Marjane Satrapi, l'autrice franco-iranienne de Persepolis, est décédée ce jeudi 4 juin 2026 à l'âge de 56 ans. Ses proches ont annoncé qu'elle était « morte de tristesse », un peu plus d'un an après le décès de son mari, Mattias Ripa, « l'amour de sa vie ». Cette déclaration a suscité une vague d'émotion, mais aussi des questions sur la réalité médicale de cette expression.
Que signifie « mourir de tristesse » ?
Le professeur Raoul Belzeaux, psychiatre au CHU de Montpellier, explique que « médicalement, ça ne fait pas de sens. Et surtout, ça vient masquer potentiellement quelque chose. » Selon lui, derrière cette formule se cache souvent une dépression. Il distingue la tristesse normale, le deuil et la maladie : « Être triste, c'est normal. Avoir un deuil, c'est normal, mais le deuil ne tue pas. » Sa fonction serait même de permettre au monde de se réorganiser et à la vie de continuer.
Ce qui doit alerter, c'est lorsque le deuil devient pathologique, proche d'un état dépressif. « On ne meurt pas de tristesse au sens strict, mais on peut mourir d'une dépression », insiste le psychiatre. Cela peut se produire activement, par suicide, ou passivement par un abandon de soi : la personne ne s'alimente plus, ne dort plus, ne fonctionne plus. Chez une personne fragile ou déjà malade, cette dégradation aggrave l'état physique.
Le syndrome du cœur brisé
Plusieurs médias ont évoqué le syndrome de Takotsubo, dit « syndrome du cœur brisé ». Ce mécanisme correspond à une paralysie temporaire du cœur provoquée par un stress intense, mais il survient généralement dans les heures ou les jours suivant un choc émotionnel. Dans le cas de Marjane Satrapi, le décès de son mari remontait à plus d'un an, ce qui rend cette piste moins probable. La professeure Claire Mounier-Véhier, de la fondation Agir, explique à Actu.fr qu'un deuil prolongé, une dépression sévère ou un épisode d'anxiété favorisant une complication cardiovasculaire est plus cohérent.
Ne pas romantiser la souffrance
Pour Raoul Belzeaux, il est essentiel d'éviter de romantiser la souffrance : « Ça ne peut pas être un choix de mourir de chagrin. Ça n'a aucun sens. » Il cite le livre de Rosa Montero, L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, qui met en parallèle son propre deuil avec celui de Marie Curie. « C'est le contre-pied parfait à cette question de mourir de chagrin : elle montre que c'est terrible, que tout se dérobe, mais qu'en même temps, il y a d'autres choses. »
Les signes d'alerte
Il faut s'inquiéter lorsqu'un deuil dure plusieurs mois avec une intensité empêchant de manger, dormir, travailler, une forte perte d'estime de soi ou l'impossibilité de retrouver des souvenirs heureux. « Quand il n'y a plus que de la tristesse, que de l'anéantissement, c'est très inquiétant », prévient le psychiatre. La dépression est une maladie grave, mais curable. Il vaut mieux consulter par excès que laisser une souffrance conduire à l'inévitable.
Des ressources pour aider
Plusieurs dispositifs existent : des psychologues peuvent être remboursés via « Mon soutien psy », les psychiatres sont des médecins spécialistes remboursés par l'Assurance maladie, les centres médico-psychologiques (CMP) proposent un suivi gratuit. En cas d'idées suicidaires, le 3114 répond gratuitement 24h/24 et 7j/7.



