Marie Ndiaye dévoile les eaux secrètes de son œuvre et une pièce glaçante
Marie Ndiaye : eaux secrètes et pièce glaçante

D'un côté reparaissent six de ses livres, dont ses prix Femina (Rosie Carpe) et Goncourt (Trois femmes puissantes), dans un Quarto où Marie Ndiaye se raconte comme rarement, photos à l'appui. Ce volume, dit de ses « Eaux secrètes », s'ouvre par sa pièce de théâtre Hilda (1999). Dès 2003, l'écrivaine s'imposait en dramaturge avec Papa doit manger, inscrit au répertoire de la Comédie française. Depuis, elle n'a cessé d'écrire pour la scène ; on se souvient de Nicole Garcia, magnifique dans le rôle de la professeure de Royan.

Marie Ndiaye a franchi un pas en lisant elle-même sa nouvelle pièce d'une puissance redoutable, « Ma chérie », créée ce printemps à Bordeaux lors du festival des Escales du livre. Sa façon de scander son texte rendait au public l'extraordinaire et cruelle mélodie de son inimitable style, qu'on retrouve dans le texte publié.

Une plongée dans la psyché masculine

On imagine que la pièce « Ma chérie » s'inspire d'une situation traversée, tant elle vibre de sensibilités en accomplissant la performance de se mettre dans la psyché d'un mari quitté par sa femme. Dans un monologue scandé par ses « ma chérie », l'homme s'adresse à celle qui s'en va pour lui dire qu'il ne comprend vraiment pas pourquoi.

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Acuité glaçante

Or, d'une page à l'autre, la lectrice et, espérons-le, le lecteur prend conscience avec effroi de ce que cette épouse a enduré dans ce couple où elle était non pas sous la coupe, mais bien sous l'emprise d'un mari incapable de se remettre en question, tout en faisant comme si… Le poison des violences conjugales sourd de ses phrases, formulées avec une acuité glaçante.

« Tu te contredis, tu es incohérente, ma chérie, dans la datation de ce que tu présentes comme la venue au jour de mon atrocité fondamentale. »

« Quelle blague ma chérie ! Ai-je jamais porté la main sur toi ? » L'épouse tente de répondre : « À ta façon, tu as porté la main sur moi […] ta main était dure, impitoyable, elle m'abrasait, mon esprit, mon âme s'en retrouvaient renversés. » Tandis qu'une troisième « voix » fait entendre ce murmure de l'entourage qui entoure la rupture : « Elle dramatise. Elle fabule, je l'ai toujours vu attentionné et tendre envers elle. » Et l'épouse, malgré tout, de culpabiliser : « Je t'ai déçu, je n'ai pas été une femme scintillante. »

Un manifeste sur la relation toxique

Tels sont les ingrédients de cette pièce pleine d'ironie, superbement écrite, véritable manifeste qui agit comme le feu sous la lave en dessinant l'anatomie d'une relation toxique. Il faut lire et faire lire « Ma chérie ».

Ma chérie, de Marie Ndiaye avec les photographies de Denis Cointe (L'Arbre vengeur, 60 p., 10 €).

Eaux secrètes. Œuvres choisies, de Marie Ndiaye (« Quarto », Gallimard, 1216 p., 77 ill. 30 €).

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