Barbara Cassin, philologue et philosophe, membre de l'Académie française, a partagé dans un entretien les phrases qui ont transformé son existence. Elle évoque notamment une citation de Paul Celan : « Je n’ai pas égard à cela que vous êtes, mais au doux souvenir des beautés que je vis et voilà ce qu’est devenu l’amour de ma vie. » Cette phrase, selon elle, résume la puissance de la mémoire et de l’amour.
L'importance de la traduction
Cassin insiste sur le rôle crucial de la traduction dans sa carrière. Elle cite souvent le poète et traducteur Henri Meschonnic, pour qui « traduire, c’est faire œuvre de langage ». Pour elle, traduire n’est pas une simple transposition, mais une création qui permet de faire vivre les textes dans une autre langue. Elle a notamment traduit des œuvres de Heidegger, ce qui l’a amenée à réfléchir sur les limites et les possibilités de la traduction philosophique.
L'éloge de la rhétorique
Une autre phrase marquante vient de la sophiste Gorgias : « Rien n’existe ; si quelque chose existe, il est inconnaissable ; s’il est connaissable, il est incommunicable. » Cassin y voit une leçon de modestie intellectuelle et une invitation à valoriser la rhétorique, souvent décriée. Elle défend l’idée que la philosophie doit dialoguer avec la sophistique pour ne pas s’enfermer dans des certitudes.
La rencontre avec l'Académie française
Élue en 2018, Cassin a prononcé un discours sur le « genre des mots » qui a fait date. Elle y reprend une phrase de son prédécesseur, Michel Serres : « La langue française est une femme. » Cassin interroge cette métaphore et en profite pour plaider pour une langue inclusive, sans tomber dans l’écriture inclusive qu’elle juge parfois artificielle. Elle rappelle que l’Académie française doit évoluer avec son temps.
L'amour et la mort
Enfin, elle revient sur une phrase de son père, médecin, qui lui disait : « La mort n’est pas une maladie. » Cette phrase l’a accompagnée dans sa réflexion sur la fin de vie et l’a poussée à s’engager pour les soins palliatifs. Elle y voit une leçon d’humanité et de lucidité.
Barbara Cassin conclut en soulignant que les phrases qui changent une vie sont souvent celles qui nous obligent à repenser nos certitudes. Elle cite encore une fois Celan : « La poésie ne s’impose pas, elle s’expose. » Une maxime qui pourrait s’appliquer à sa propre démarche intellectuelle.



