Le chanteur et artiste Kent, connu pour son parcours musical avec le groupe Starshooter, revient à la bande dessinée avec un album intitulé « De nos jours les gens intelligents se taisent ». Ce projet, réalisé en collaboration avec le scénariste José-Louis Bocquet, rencontré à l’époque du magazine Métal Hurlant, retrace la naissance du Cabaret Voltaire et les débuts du mouvement Dada à Zurich en 1916.
Une plongée dans l’esprit Dada
Pour préparer cet album, Kent s’est replongé dans ses archives de jeunesse, retrouvant des dessins et des slogans aux accents dadaïstes dans les marges de ses cahiers de lycée. Il explique que ce mouvement artistique, caractérisé par son esprit potache et anticonformiste, résonne avec ses propres expériences de jeunesse, notamment la création du mouvement d’art Thoobett et ses premiers fanzines. Le punk rock, dont Kent a été un acteur majeur, sert de fil rouge à l’histoire, car c’est cette explosion artistique des années 1970 qui a incité Bocquet à le choisir comme dessinateur.
Une reconstitution minutieuse
Le résultat est un album de près de 200 pages, fruit de six mois de documentation et d’immersions à Zurich pour une reconstitution historique fidèle, y compris les dialogues tirés de correspondances réelles. L’ouvrage met en scène une galerie de personnages anticonformistes, dont le bouillonnement joyeux contraste avec le vide intellectuel de l’art contemporain selon Kent. Il critique la surabondance de discours sur les réseaux sociaux, où « les gens intelligents préfèrent se taire ».
Un message toujours actuel
Kent rappelle qu’en 1916, il était facile de choquer avec des provocations artistiques, mais qu’aujourd’hui, le contexte est différent. Le message de Dada était clair : s’opposer à la guerre. Dans un monde militariste, leur méthode de dérision était percutante. Pour l’artiste, le rôle de l’artiste est de s’exprimer, non de chercher la provocation à tout prix.
Technique et personnages
Kent utilise la bichromie, avec une dominante bleue, pour donner du relief et de la sobriété à ses dessins, tandis que les couleurs éclatantes sont réservées aux scènes artistiques et aux moments de vie. Les cases se déstructurent pour représenter le cabaret lui-même. Parmi ses personnages préférés, il cite le couple Emmy Hennings et Hugo Ball, précurseurs du mouvement, ainsi que Jean Arp, dont l’allure dandy lui a inspiré une coupe de cheveux à la Doc Savage. Lénine apparaît également, en écho à l’époque où Kent portait une chemise « faucille et marteau » sur scène.
Après l’album, une pause
Après 28 mois de travail intense, Kent annonce qu’il n’a aucun projet musical en vue et qu’il souhaite prendre du temps pour se libérer l’esprit.



