Jérôme Ferrari : la beauté lucide face au désastre humain
Jérôme Ferrari : la beauté face au désastre humain

Jérôme Ferrari : contempler le désastre avec une prose éblouissante

À Abou Dhabi, en 2017, Jérôme Ferrari a publié « Très brève théorie de l’enfer » aux éditions Actes Sud, un ouvrage de 160 pages disponible au prix de 16,50 € en version papier et 12 € en format numérique. D’où provient donc la puissante joie que ressentent ses lecteurs fidèles à l’approche d’un nouveau roman de cet auteur né en 1968 ?

Une promesse littéraire singulière

Assurément, cette joie ne naît pas d’une quelconque promesse de consolation ou de divertissement fictionnel. Bien que Jérôme Ferrari ne manque pas d’imagination – et qu’il en fasse la matière première de ses livres –, ses œuvres ne perdent jamais de vue leur objet central. Cet objet est peu compatible avec une vision apaisante de la littérature : il s’agit toujours, pour l’écrivain, de contempler le désastre de la condition humaine dans ses innombrables modalités.

La détermination avec laquelle son œuvre s’emploie à cet inventaire du malheur, de la chute et de la destruction est proprement saisissante. Ce qui impressionne tout autant, c’est la manière dont il dresse cet inventaire à coups de phrases sinueuses et éblouissantes, dont la longueur permet de sonder les êtres en profondeur.

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La maîtrise stylistique au service du fond

Ces phrases caractéristiques permettent de nouer ensemble plusieurs temporalités, de faire droit simultanément à la profondeur métaphysique et à la drôlerie subtile, aux élans lyriques et aux retombées à pic qui les préservent de tout emphase ou sentimentalisme excessif. C’est cette alchimie stylistique qui enthousiasme tant les admirateurs de ses précédents romans.

Que l’on pense à « Où j’ai laissé mon âme », au roman couronné par le Prix Goncourt « Sermon sur la chute de Rome » (Actes Sud, 2012), ou encore à « A son image » qui a reçu le Prix littéraire Le Monde en 2018 – tous publiés chez Actes Sud –, ce qui frappe chez Ferrari est une lucidité qui, pour être douloureuse et sans concession, ne renonce cependant jamais à la beauté formelle, ni à l’humour noir, ni à la profondeur de la pensée.

Son œuvre constitue ainsi un paradoxe littéraire fascinant : elle plonge résolument dans les abîmes de l’existence humaine tout en maintenant une exigence esthétique et intellectuelle qui transcende la simple description du désastre. Cette tension créatrice fait de chaque publication de Jérôme Ferrari un événement littéraire attendu par ceux qui cherchent dans la littérature non un refuge, mais un miroir sans fard de notre condition.

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