Henry James et la vertu américaine face au vice européen dans 'Les Ailes de la colombe'
Henry James : vertu américaine contre vice européen

La lecture intime d'Henry James : une expérience auditive unique

La deuxième lecture de Les Ailes de la colombe s'effectue après celle, rue Vandrezanne et dans le jardin du Luxembourg, des 5, 6 et 7 août 2009. Contraint par des problèmes d'écriture manuelle, Henry James (1843-1916) dicte ses derniers romans à un secrétaire. Cette particularité transforme la lecture en une expérience auditive singulière : lire James, c'est littéralement l'écouter. En tendant l'oreille, le lecteur se rapproche intimement de l'auteur, devenant un confident du texte et de son créateur.

La complexité psychologique d'un chef-d'œuvre réaliste

Les phrases s'allongent sous l'effet de la verve de l'écrivain. Lire James consiste à le déchiffrer patiemment. Ses efforts répétés pour atteindre la clarté finissent paradoxalement par obscurcir l'œuvre, créant un Rubik's Cube psychologique dont on ne voit jamais la fin. Cette complexité même fait de ce roman un chef-d'œuvre du réalisme littéraire.

Une intrigue perverse : l'amitié intéressée

Le sujet des Ailes de la colombe constitue une merveille de perversion narrative : comment devenir les meilleurs amis d'une milliardaire gravement malade pour se faire inscrire sur son testament, sans se salir les mains. C'est l'histoire captivante d'une jeune Américaine confrontée à un groupe d'Anglais vicieux et calculateurs.

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Tout au long du récit, le suspense demeure entier : comment la protagoniste va-t-elle s'en sortir ? Sauf si le lecteur a déjà parcouru le texte et le relit pour deux raisons essentielles :

  • Comprendre ce qui lui avait échappé lors de la première lecture
  • Se délecter à nouveau de ce qu'il avait déjà saisi

Le combat entre vice et vertu

L'auteur prend résolument parti pour Milly, l'Américaine, précisément parce qu'elle est américaine – c'est-à-dire juste et fondamentalement incorruptible. Quand elle découvre qu'on l'a trompée, sa réaction sera d'une générosité absolue qui, comme l'annonce la dernière phrase du livre, détruira le cœur et l'esprit des Britanniques manipulateurs.

Pour James, l'Amérique incarne la vertu confrontée – et, le plus souvent, vaincue – aux vices sophistiqués des Européens. Paradoxalement, l'écrivain choisira de vivre en Angleterre, dont il adoptera la nationalité en 1916 par solidarité avec les combattants de la Première Guerre mondiale, que les Américains tarderont à rejoindre.

Les amis américains de la littérature

En dehors de James, l'auteur de ces lignes reconnaît avoir peu d'amis américains en littérature. Il y a Hemingway, le chasseur myope qui traquait l'éléphant parce qu'il le voyait distinctement. On peut également s'entendre avec Faulkner et ses histoires d'agriculteurs devenus fous. Tout ce que la littérature américaine nous a offert de beau avant de tomber dans l'escarcelle des agents littéraires qui l'ont corrompue.

L'appel à une renaissance américaine à Paris

Est-ce une situation définitive ? Il est grand temps que les Américains reviennent vivre à Paris pour nous montrer à nouveau leurs qualités authentiques : l'élégance naturelle, la finesse d'esprit, la culture raffinée, l'ironie subtile. La véritable Amérique n'est pas cette brochette de mastodontes prétentieux qui ne quittent plus les écrans de télévision. Il faut la chercher dans les pages délicates de James, qu'on lira encore longtemps quand les volte-face permanentes, agrémentées d'insultes, de l'actuel président américain seront oubliées.

La poésie fraîche de la littérature américaine

Il n'existe qu'une seule histoire véritable : celle de la littérature. Les Américains nous ont montré la bonne voie : celle de la poésie fraîche qui part de Whitman pour arriver à Styron. Les lettres venues d'outre-Atlantique : on a longtemps prétendu qu'elles s'arrêtaient avec Le Choix de Sophie (1979). Dommage que la fin de cette œuvre soit ratée. Mais n'est-ce pas une constante dans la littérature mondiale, ce ratage de la fin des chefs-d'œuvre ? Don Quichotte, L'Homme sans qualité, La Montagne magique, Ulysse, Mémoires de Dirk Raspe, etc. La liste est longue des œuvres magistrales aux conclusions imparfaites.

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