George Sand, une figure majeure du XIXe siècle redécouverte
La biographie remarquable que Brigitte Krulic consacre à George Sand, publiée chez Gallimard, ravive notre admiration pour l'une des grandes dames du XIXe siècle. Romancière célèbre et engagée dans la vie politique, elle a été une pionnière du féminisme par sa conduite jugée scandaleuse à son époque.
Une vie libre et audacieuse
Quitter son mari pour vivre librement à Paris, fumer le cigare, porter occasionnellement le pantalon et aligner des amants célèbres comme Musset et Chopin : autant de gestes hardis qui ont marqué son époque. Elle connaît la célébrité dès 1832 avec son premier roman, « Indiana », un récit romantique qui peint avec justesse la condition féminine, le désir et le désarroi.
Engagement politique précoce
Très tôt, George Sand vibre pour la révolution de 1830 et se déclare républicaine. Vers 1840, elle découvre la question sociale, adhère au socialisme et collabore avec Pierre Leroux, l'une de ses têtes pensantes. Lors de la révolution de 1848, elle se met au service du gouvernement provisoire et rédige une grande partie du « Bulletin de la République », le Journal officiel du nouveau régime.
Dans un article intitulé « Aux riches », elle écrit : « Hélas ! Non, le peuple n'est pas communiste ; et cependant la France est appelée à l'être avant un siècle. » Le 15 avril, dans le même Bulletin, elle préconise que, en cas de mauvais résultats, on ne tienne pas compte des prochaines élections, affirmant que si elles ne font pas triompher la vérité sociale, elles pourraient être la perte de la République.
Retrait à Nohant et contradictions
Après l'échec de la Deuxième République, elle s'installe dans sa propriété de Nohant, dans le Berry. Là, elle poursuit son œuvre de romancière et d'épistolière prolifique, tout en gardant ses convictions républicaines. Cependant, lors de l'insurrection de la Commune de Paris en 1871, Sand exprime une hostilité surprenante envers les insurgés, les qualifiant d'« émeute de fous et d'imbéciles mêlés de bandits ».
Pendant la Semaine sanglante, elle applaudit à « la rage légale » de la soldatesque et critique même Victor Hugo pour sa défense du droit d'asile. Sans doute juge-t-elle que la révolution parisienne risque de compromettre la République, préférant la modération et la prudence, comme M. Thiers auquel elle se rallie. Mais pourquoi ce ton haineux, au diapason de la presse la plus réactionnaire ?
Un héritage complexe
Pourtant, elle confie à Flaubert : « Jusqu'à ce que mon cœur s'épuise, il sera ouvert à la pitié, il prendra le parti du faible, il réhabilitera le calomnié. » La vie est souvent décevante, mais il faut espérer en l'avenir « quand même ». Ces deux mots résument, pour Brigitte Krulic, l'élan vital d'une personnalité exceptionnelle qui n'a jamais voulu divorcer d'avec son temps.



