Sept ans d'absence, sept jours de perception : le vertige temporel de Fabrice Colin
Dans son nouveau roman Sept jours, publié aux éditions Calmann-Lévy, Fabrice Colin plonge ses lecteurs dans une énigme temporelle aussi troublante que fascinante. L'histoire débute par une scène banale qui bascule soudainement dans l'extraordinaire.
Une disparition qui défie la logique
Un soir d'hiver 2018, lors d'une dispute conjugale ordinaire, Marie descend de la voiture familiale sous la neige et disparaît purement et simplement. Pendant sept longues années, son mari Julien et leurs enfants vivent dans l'angoisse de cette absence sans explication, sans corps, sans trace.
Puis, sept ans plus tard, Marie réapparaît aussi mystérieusement qu'elle avait disparu. Mais voici le cœur du vertige romanesque : pour elle, seulement sept jours se sont écoulés. Elle est convaincue de n'avoir été absente qu'une semaine, alors que le monde autour d'elle a vieilli de sept années.
Deux récits incompatibles, une vérité insaisissable
"Ce qui m'intéressait, c'était de rendre le lecteur témoin de deux récits strictement incompatibles", explique Fabrice Colin. "Pour tout le monde, Marie a objectivement disparu pendant sept ans, mais pour elle, il ne s'est écoulé que sept jours."
L'écrivain explore ainsi une question fondamentale : comment avance-t-on face à un récit qui ne peut pas s'emboîter avec le vôtre ? Dans la vie réelle, nous nous construisons tous des histoires cohérentes avec notre parcours, généralement compatibles avec celles des autres. Mais que se passe-t-il lorsque cette compatibilité s'effondre ?
Le deuil impossible et la reconstruction fragile
La première partie du roman dépeint l'interminable attente de Julien, cette vie qui reprend son cours malgré tout. "Pour Julien, le deuil est impossible parce qu'il n'y a pas de mort avérée", analyse l'auteur. "Il se retrouve entre deux histoires, incapable de clore la première pour en commencer une nouvelle."
Dans les disparitions inexpliquées, l'espoir persiste mais agit comme un poison. En l'absence de réponse, Julien doit pourtant avancer, construisant "un édifice de bric et de broc" pour continuer à vivre. Le retour de Marie, bien que source de soulagement, ébranle cette reconstruction fragile et soulève autant de questions que n'en avait suscitées sa disparition.
Entre réel et fantastique : questionner la substance du monde
Sept jours se situe à la croisée du thriller psychologique, du drame conjugal et de l'énigme métaphysique. Fabrice Colin, quatre fois lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire, maîtrise parfaitement cet art du vertige.
"Le fantastique, comme chez Kafka ou Maupassant, est une littérature plus inquiétante que la fantasy", précise-t-il. "Car elle questionne la texture et la substance même du réel en disant au lecteur : 'Est-on sûr qu'il n'existe que ce référentiel dans lequel on évolue ?'"
L'auteur avoue un penchant pour ces zones troubles entre réel et autre chose. "Même quand j'écris un livre complètement ancré dans le réel, je ne peux pas m'empêcher d'y glisser une petite touche de vertige métaphysique", confie-t-il. "Il y a toujours un fantôme quelque part dans mes livres."
Un auteur prolifique aux multiples facettes
Avec une bibliographie comptant plusieurs dizaines d'ouvrages publiés en trente ans de carrière, Fabrice Colin est l'un des écrivains français les plus prolifiques. Au rythme de trois à quatre livres par an, il navigue avec aisance entre littérature jeunesse et romans adultes, explorant des registres aussi variés que :
- La science-fiction et la fantasy
- Le polar et le thriller
- La bande dessinée et les nouvelles
- Les pièces radiophoniques
Collaborateur régulier du Canard enchaîné et du magazine Lire, l'auteur conserve pour fil rouge l'imaginaire sous toutes ses formes. Sept jours (198 pages, 18,50 euros) confirme son talent pour mêler l'intime et l'étrange, le quotidien et le mystérieux, dans une réflexion profonde sur le temps, la mémoire et la nature de la réalité.



