Emily Dickinson : un portrait radiophonique tissé comme une dentelle par Laure Egoroff
Emily Dickinson : portrait radiophonique en dentelle par Laure Egoroff

Un portrait sonore délicat de la poétesse Emily Dickinson

Le daguerréotype de la poétesse Emily Dickinson, datant d'environ 1848, reste l'une des rares images connues de cette figure majeure de la littérature américaine. Cette photographie historique, issue de la collection Todd Bingham et des archives familiales de l'Université Yale, sert de point de départ à une exploration auditive bien plus profonde.

La dentelle sonore de Laure Egoroff

Pour définir le portrait radiophonique d'Emily Dickinson (1830-1886) réalisé par Laure Egoroff, un mot s'impose : dentelle. La réalisatrice tisse et assemble différents matériaux avec une précision remarquable, créant une œuvre à la fois complexe et délicate.

Elle utilise comme trame de fond les livres lumineux que Dominique Fortier a consacrés à la poétesse. Les extraits de correspondances et de poèmes deviennent les points et les coutures de cette création, tandis que la musique originale d'Anthony Capelli apporte le fil d'or qui illumine l'ensemble.

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Pourtant, contrairement à ce que pourrait suggérer la métaphore de la dentelle, cette œuvre n'est ni précieuse ni particulièrement fragile. Ce bel ouvrage est solidement étayé par les lectures de Laure Egoroff tout en étant traversé de vides intentionnels – reflet probable de cette poétesse dont on sait finalement si peu de choses.

L'énigme d'un visage unique

Dans un monde contemporain submergé d'images qui se multiplient à l'infini, il est frappant de constater que d'Emily Dickinson, l'une des plus grandes poètes américaines, il ne subsiste qu'une seule photographie, prise alors qu'elle avait environ 16 ans.

Sur ce cliché célèbre, elle apparaît mince et pâle, capturée dans une pose qui semble presque éthérée. Comme le souligne justement la création radiophonique : « Elle n'a pas, elle n'aura jamais de jambes. Pour toujours et à jamais, elle ne sera que ce visage. Mieux, ce masque. Emily Dickinson est un écran blanc, une page vierge. »

Une approche auditive pour combler les silences

Face à cette absence visuelle, Laure Egoroff propose une immersion auditive qui permet d'approcher différemment l'univers de la poétesse. En 2007 déjà, les archives présentaient Emily Dickinson comme « une voix effrayée, douce et volubile » – des qualités que le portrait radiophonique explore avec subtilité.

La création sonore devient ainsi un moyen de combler les silences biographiques, d'habiter les espaces vides laissés par une vie volontairement retirée du monde. Elle invite à écouter au-delà de l'image unique, à percevoir les nuances d'une voix poétique qui continue de résonner plus d'un siècle après sa disparition.

Ce portrait en dentelle sonore témoigne de la puissance évocatrice du média radiophonique lorsqu'il est mis au service d'une figure aussi énigmatique qu'Emily Dickinson, offrant aux auditeurs une expérience à la fois intime et universelle.

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