De la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 1950, l'idée d'une civilisation avancée sur Mars a captivé l'imaginaire collectif. Cette croyance, alimentée par des observations astronomiques controversées et des interprétations erronées, a donné naissance à un véritable mythe qui a profondément marqué la science-fiction.
Les canaux de Mars : une illusion qui a fait rêver
Tout commence en 1877, lorsque l'astronome italien Giovanni Schiaparelli observe ce qu'il appelle des canali (chenaux) à la surface de Mars. Traduit en anglais par canals, ce terme évoque des constructions artificielles. L'Américain Percival Lowell popularise cette idée à partir des années 1890, affirmant que ces canaux sont l'œuvre d'une civilisation intelligente luttant contre la désertification. Selon lui, Mars serait une planète ancienne, plus âgée que la Terre, et ses habitants auraient développé une technologie de pointe pour survivre.
Lowell, riche astronome amateur, construit un observatoire en Arizona spécifiquement pour étudier Mars. Il publie plusieurs livres, dont Mars and Its Canals (1906), qui rencontrent un large succès public. Ses théories, bien que contestées par une partie de la communauté scientifique, sont largement relayées par la presse et influencent profondément l'imaginaire populaire.
L'impact sur la littérature et le cinéma
Ce mythe martien inspire directement des œuvres majeures de la science-fiction. H.G. Wells publie La Guerre des mondes en 1898, où les Martiens envahissent la Terre, une métaphore des peurs coloniales de l'époque. Le roman connaît un succès retentissant et est adapté en feuilleton radiophonique par Orson Welles en 1938, provoquant une panique aux États-Unis.
Dans les années 1910-1920, Edgar Rice Burroughs lance le cycle de John Carter (ou La Princesse de Mars), qui dépeint une Mars romantique et exotique, peuplée de cités-États en guerre. Ces récits, publiés dans des pulps, contribuent à fixer l'image d'une planète rouge habitée par des êtres à la fois menaçants et fascinants.
Au cinéma, Les Premiers Hommes dans la Lune (1902) de Georges Méliès montre déjà des Sélénites, mais c'est avec A Trip to Mars (1910) et surtout Flash Gordon (1936) que les Martiens envahissent les écrans. Les serials et les films de série B des années 1950, comme Le Jour où la Terre s'arrêta (1951) ou La Guerre des mondes (1953), exploitent la peur de l'invasion extraterrestre, souvent en lien avec la guerre froide.
Les bandes dessinées et la culture populaire
La bande dessinée s'empare également du mythe. Buck Rogers (1929) et Flash Gordon (1934) mettent en scène des héros terriens affrontant des Martiens maléfiques. En France, Les Aventures de Tintin avec On a marché sur la Lune (1954) évoque une base secrète sur la Lune, mais c'est Les Martiens de la série Valérian (1967) qui jouent avec les clichés.
Des magazines comme Amazing Stories (1926) ou Astounding Science Fiction (1930) publient régulièrement des histoires martiennes. Le mythe est si prégnant que des entreprises comme Mars Incorporated utilisent le nom de la planète pour leurs produits, et que la musique populaire s'en inspire (David Bowie, Life on Mars?, 1971).
Le déclin du mythe
À partir des années 1960, les sondes spatiales, notamment Mariner 4 en 1965, révèlent une planète désolée, sans canaux ni traces de vie. Les missions Viking dans les années 1970 confirment l'absence de vie intelligente. Le mythe s'effondre, mais laisse une empreinte durable dans la culture.
Aujourd'hui, la recherche de vie sur Mars se concentre sur des micro-organismes passés ou présents, loin des civilisations avancées imaginées par Lowell. Pourtant, le mythe martien continue d'inspirer, comme en témoignent des œuvres récentes telles que Seul sur Mars (2015) ou la série The Expanse (2015-2022).
Conclusion
Le mythe des Martiens, né d'une erreur d'interprétation astronomique, a nourri la science-fiction pendant près d'un siècle. Il illustre comment la science et l'imaginaire s'entremêlent pour créer des récits qui façonnent notre vision du cosmos. Bien que démenti par les faits, ce mythe reste un chapitre fascinant de l'histoire culturelle.



