Une tablette plutôt qu'une palette. L'artiste britannique David Hockney, disparu le 11 juin à l'âge de 88 ans, a toujours été un geek. Après avoir longtemps utilisé la photocopie, le fax, la photo (notamment le Polaroid) et la vidéo pour irriguer ses œuvres, il embrassa l'iPhone d'Apple dès 2008, puis l'iPad dès sa sortie.
Un iPad comme outil dès 2010
C'est en 2010 qu'éternel amoureux de l'expérimentation, il découvre l'ardoise de la firme à la pomme, ou plutôt celle qu'il qualifiera de « bloc à dessin ». Commercialisée pour la première fois en avril de cette année-là, Hockney, l'insatiable curieux, le décomplexé facétieux, se l'approprie immédiatement. Il a alors 72 ans.
Dès l'année suivante, le peintre originaire de Bradford réalise une série de dessins numériques sur son iPad, célébrant l'arrivée du printemps dans son Yorkshire natal : pas moins de 94 œuvres célébrant la nature. Parmi les applications complices de son art sur iPad, Brushes lui ouvre le champ des possibles à l'aide de ses pinceaux virtuels hyperréalistes et paramétrables. Et grâce à sa tablette, l'artiste trouve que ses mains sont toujours propres… « mais je garde ce réflexe de vouloir les essuyer sur ma veste », affirmait-il alors. Et c'est en 2012 qu'il expose pour la première fois ses premiers dessins réalisés sur iPad à la Royal Academy of Arts de Londres.
Un outil révolutionnaire
« Cela va changer la manière dont nous voyons les choses, depuis la lecture des journaux jusqu'aux blocs à dessin », affirmait Hockney à propos de l'ardoise numérique d'Apple, n'hésitant pas à clamer que « Van Gogh - son idole - aurait adoré ». Au début des années 2010 où l'art digital n'est encore que peu pris en considération, Hockney sait déjà démontrer à quel point ses créations numériques peuvent rivaliser avec la peinture, une discipline à laquelle il s'adonne toujours parallèlement avec constance.
Des œuvres redimensionnables
De son ardoise numérique, il apprécie la notion d'outils « très utile », la précision du stylet, mais aussi la portabilité, la flexibilité, la capacité de la tablette à saisir l'instant et les textures que la tablette lui autorise. Sa rapidité aussi, lui qui trouvait longtemps que l'ordinateur était trop lent pour un dessinateur (« vous aviez fini un trait et il mettait 15 secondes de plus », déclarait l'artiste). Plus encore, grâce à l'iPad, David Hockney réalise des œuvres vectorielles, redimensionnables à volonté, tout en restant toujours nettes. Cela lui permet de travailler à grande échelle tout en conservant un rare niveau de précision. Et puis, constante selon Hockney, « aucun nettoyage n'est nécessaire, même si l'on a dessiné toute la journée ». À son grand âge, la tablette se révèle bien plus pratique qu'un chevalet… surtout en extérieur.
Confinement et postérité
Durant le confinement de 2020 qu'il passe dans sa maison de Normandie, dans le pays d'Auge, David Hockney réalise sur son iPad une centaine d'œuvres. Une fois encore, il immortalise les paysages qui l'entourent, la végétation qui éclôt au printemps. Nombre d'entre elles seront exposées à la Fondation Louis Vuitton en 2025, à l'occasion de l'exposition David Hockney 25.
Bien que précurseur dans les arts numériques, l'artiste anglais ne comprenait cependant pas l'engouement pour le « crypto-art » et les NFT (œuvres virtuelles) très en vogue au début des années 2020. D'elles, il affirmait qu'elles étaient le fruit « d'une association internationale d'escrocs et d'arnaqueurs ». Il leur préférait les impressions, marquant selon lui l'entrée dans le monde réel des œuvres numériques. « Même dans le cloud, les choses vont se perdre à un moment ou à un autre, pronostiquait David Hockney, il y en aura tellement, comment allez-vous les retrouver ? ».
Lors d'une vente chez Sotheby's à Londres le 17 octobre 2025, dix-sept de ses dessins réalisés sur iPad et issus de sa série précoce (2011) The Arrival of Spring in Woldgate ont été adjugés pour 8,3 millions de dollars, un montant dépassant largement les attentes, doublant ainsi l'estimation haute de la vente. On imagine qu'avec la disparition de l'artiste, leur côte va désormais exploser.



